Archives pour: Septembre 2008, 17
Car tout se soigne, désormais… des sujets à soigner à tout prix
Journal français de psychiatrie, n° 13 2001/2
Les psychiatres sont-ils responsables de la raréfaction des non-lieux psychiatriques ?
Daniel Zagury, sur CAIRN, extraits
J’ai pris bien soin d’éviter le ton passionnel et les grandes envolées face aux attaques dont la psychiatrie est l’objet de la part de « belles âmes », professeurs d’éthique totalement ignorants des complexités de la question et de l’histoire de la psychiatrie légale, qui croient avoir trouvé les responsables de l’état des prisons : les psychiatres. Tout ce qui est excessif est dérisoire. On se souviendra qu’Henri Colin, au début du xxe siècle, estimait à plus de 30% le taux de malades mentaux en prison. On le redécouvre aujourd’hui. Tant mieux, si c’est pour apporter des solutions à la fois globales, concernant la psychiatrie publique, et spécifiques, concernant les malades mentaux délinquants. Mais que l’on ne s’avise pas, derrière le paravent des discours généreux, de vouloir recréer l’asile, ce lieu où s’entassent pêle-mêle les fous, les criminels et les gêneurs. Le train des bons sentiments peut en cacher un autre.
«On lui demande d'apaiser un corps social en souffrance»
propos recueillis par Delphine Saubaber, l'Express, le 15/07/2005, extrait
Rencontre avec le Dr Daniel Zagury, chef de service au centre psychiatrique du Bois-de-Bondy, expert psychiatre
"La psychiatrie avale tout ce que la société vomit", prédisait le psychiatre David Cooper dans les années 1960. Qu'en pensez-vous?
La psychiatrie est aujourd'hui plébiscitée, devenue «la bonne à tout faire de la société». Pourquoi certains individus sont-ils durablement hospitalisés dans nos services? C'est parfois moins la gravité de leurs symptômes que la gêne qu'ils occasionnent dans une maison de retraite, un foyer… Il faut bien le dire: du point de vue de la psychiatrie, les nouvelles ne sont pas bonnes. Moi qui travaille en banlieue parisienne, je suis frappé de voir une telle détresse psychosociale. Sachez qu'un chômeur a deux fois plus de risques d'être déprimé. Pauvres, marginaux, déclassés… Affolée par ces sujets qui échappent à toute forme de contention et d'intégration, la société nous demande d'exercer sur eux une violence légitime qu'elle n'a plus l'autorité ou la volonté d'assumer. On psychiatrise, une bonne façon de masquer les effets du chômage, des problèmes d'intégration… De manière générale, on demande à la psychiatrie non plus de soigner les malades, mais d'apaiser un corps social en souffrance. Aller chez un psy, c'est chercher à être écouté, compris, dans une société marquée par la brutalité de la compétition… Un refuge de douceur dans un monde de brutes.
Car tout se soigne, désormais…
Aussi bien le chagrin que les maladies mentales ou les troubles de la personnalité. Ceux qui étaient autrefois de mauvais garçons sont devenus des sujets à soigner à tout prix. Cela me rappelle un certificat rédigé par mon maître Jacques Chazaud à propos d'un homme hospitalisé parce qu'il avait piqué une colère contre sa femme, qui l'avait trompé: «Cocu. Pas content. Peut sortir.» Aujourd'hui, on dirait: «Réaction anxiodépressive chez un homme frappé par un événement de vie pénible. Nécessite des soins afin de retrouver son bien-être…»!
Quels sont les risques d'une telle «psychiatrisation» de l'existence?
Les grands psychiatres nous mettaient en garde contre ce phénomène: Henri Ey prédisait que la psychiatrie, gonflant comme la grenouille de la fable, risquait d'exploser en s'emparant, de borderline en borderline, de tous les aspects de la condition humaine. Car cette extension de la psy va de pair avec un glissement de responsabilité. On le voit à chaque fait divers: le psy est interpellé, tour à tour comme trop répressif ou laxiste. La question n'est plus «Que faire?», mais «A qui imputer?». Sarkozy, au ras de la démagogie, voue à la vindicte publique un juge qui a libéré un homme soupçonné de meurtre. Or nous, psychiatres, prenons des risques tous les jours: hospitaliser ou non… Et, si quelqu'un récidive, ce sera notre faute!
Cette démocratisation de la psychiatrie ne conduit-elle pas, aussi, à rejeter à la marge les populations à particularités, comme les grands malades mentaux?
C'est un paradoxe terrible: tout le monde a son psy, sauf les fous, vu l'état d'abandon de la psychiatrie publique. Les malades mentaux dangereux - minoritaires - sont la part maudite de la libéralisation de la psychiatrie. Un service comme le mien, avec un personnel féminisé, une architecture souple, n'est pas adapté à leur cas. Alors tout le monde se renvoie la balle, psychiatres de secteur, psychiatres de prison… et pouvoirs publics.
Le parquet requiert le rejet du pourvoi de Maurice Agnelet
Société • Le parquet requiert le rejet du pourvoi de Maurice Agnelet • Condamné au terme de trente ans de rebondissements judiciaires pour le meurtre d'Agnès Le Roux, il demande un troisième procès.
QUOTIDIEN : mercredi 17 septembre 2008, extraits
Outre la longueur - langueur ? - de la procédure, le cas Agnelet est symbolique de certaines affaires criminelles. Tout le monde est presque d’accord sur un point, le bonhomme paraît odieux : menteur, manipulateur, maniaque (il enregistre toutes ses conversations), obsédé par le fric, misogyne… Il semble faire exprès - malin plaisir ? - de concentrer sur sa personne tous les ingrédients d’un authentique salopard. Un «mufle», résume plus sobrement Michel Henry, correspondant de Libération sur la Côte d’Azur, qui vient de publier Agnelet, l’homme que l’on n’aimait pas (éd. Odile Jacob). Est-ce suffisant pour le qualifier d’assassin ?
Simulacre. «Il est capable, il est coupable», a cru pouvoir résumer Me Georges Kiejman, avocat de la famille d’Agnès Le Roux, partie civile, lors du premier procès : «Il est menteur, et la dénégation de son homosexualité le démontre.» Sauf que rien ne prouve formellement qu’il aurait assassiné Agnès (29 ans, à l’époque), à la Toussaint 1977. Pas de cadavre, en dépit de nombreuses recherches : on peut tout juste en conclure, trente ans après les faits, qu’elle n’est plus de ce monde. Pas de mode opératoire : l’aurait-il tuée de ses propres mains ou simplement accompagnée lors d’un simulacre de suicide à deux, en amoureux - après deux tentatives individuelles de la jeune femme ? Pas de date certaine (entre le 27 octobre et le 1er novembre) : juste un énorme doute sur l’alibi fourni par l’accusé pour le week-end du 27-28. Mais un mobile : Maurice Agnelet a ensuite récupéré trois millions de francs (457 000 euros) d’Agnès Le Roux, déposé sur un compte en Suisse. C’est moche, sauf qu’Agnelet a déjà été condamné à deux ans de prison sur le volet financier de l’affaire.
Dans son livre, Michel Henry reprend le dossier pénal dans son entier. ...
Roulette. Aux assises, il est un principe normalement intangible : le doute doit profiter à l’accusé. Agnelet a été emporté dans un jeu de roulette judiciaire : relaxe par le premier jury, condamnation par le deuxième.
La psychiatrie emportée par la tourmente sécuritaire
La psychiatrie emportée par la tourmente sécuritaire
Par Patrick Coupechoux, le Monde diplomatique, juillet 2006, extraits
Et même la folie a cessé d’être innocente.
Depuis vingt ans, par petites touches, les gouvernements successifs ont démantelé la psychiatrie publique. La suppression de dizaines de milliers de lits dans les hôpitaux s’est accompagnée d’une approche de plus en plus sécuritaire. Considérés comme dangereux plus que comme souffrants, trop de malades sont envoyés en prison. On en revient à une conception asilaire de la « santé mentale » qu’on croyait pourtant dépassée.
Lorsque est survenu le drame de l’hôpital psychiatrique de Pau, en décembre 2004, les « fous » ont soudainement eu les faveurs des estrades, des plateaux de télévision et des gazettes. Non pour évoquer leur situation, si complexe, mais pour alerter le citoyen sur leur dangerosité. Pour ajouter à l’angoisse des victimes potentielles, qui déjà se sentent menacées par les délinquants sexuels, les terroristes, la grippe aviaire, les immigrés clandestins, les intégristes islamistes de tous bords, on a ravivé la vieille peur du fou.
« Il vaut mieux ne pas remuer la merde », reprend un colonel
Une opinion du colonel Pierre-Alban Thomas, sur LDH-Toulon, le préambule
Précisons d’abord que je m’exprime à titre personnel, n’étant aucunement mandaté par l’armée, au contraire !






















