Archives pour: Août 2008, 08
Les linottes
Courteline, Les linottes, extraits, à propos d'opérettes :
Il n’est pas de genres inférieurs ; il n’est que des productions ratées. Demander strictement aux choses les qualités qu’elles ont la prétention d’avoir, tout le sens critique tient là-dedans !
Il dit, et le mot l’enleva comme un tremplin. On vit alors à quel point il est vrai qu’un fou peut n’être pas un sot. Lâché par les dédales d’une théorie farouche qui mettait le moins et le plus sur un pied d’égalité, il déploya à la soutenir des argumenta-tions aussi désespérément absurdes que puissamment convain-cantes... Un mot amenait un mot. Il finit par envisager la question de la crise des théâtres.
– Les journaux me font suer, dit-il, en se servant un blanc de poulet, et l’information aujourd’hui est faite comme par des gâteux ! De ceci que les théâtres font de l’argent en matinée et que, par contre, leurs recettes journalières ont une tendance à baisser au profit des music-halls et des cinématographes, un reporter tirait hier cette conclusion que les Parisiens n’aiment plus le spectacle le soir. C’est imbécile ! Si le public – ce qui est exact – demeure fidèle à la matinée du dimanche, c’est qu’il y est contraint et forcé. Il ne la préfère pas… Loin de là… Il s’en contente, faute de mieux ; il l’accepte comme pis-aller, comme on mange des merles faute de grives.
Gütlight pensa comprendre.
– Il est certain, dit-il, que le prix élevé des places…
Mais il dut s’en tenir là.
La figure de la victime comme nouveau sens de la peine
Conférences, débats, rencontres
Cycle : La scène judiciaire
Centre Pompidou, petite salle, 18 décembre 2006, 19h00
Ces dernières années ont été le théâtre d'une montée en puissance de la figure de la victime sur la scène judiciaire. L'idée que la peine prononcée est indispensable pour que la victime ou ses proches puissent faire leur deuil est devenue une évidence.
Certains regrettent ces transformations quand d'autres s'en félicitent. Il nous revient alors, non pas de louer ou de condamner ce phénomène, mais de comprendre comment le thème d'une souffrance de la victime tend à réorganiser le sens de la peine.
A Metz, le juge des victimes critique « les professionnels de la compassion »
Article publié le 16 Janvier 2008
Source : LE MONDE
Extrait : Le tout nouveau « juge délégué aux victimes » du tribunal de Metz a vivement critiqué ses nouvelles fonctions, lundi 14 janvier, lors de l'audience de rentrée de sa juridiction. Pascal Bridey, qui préside déjà la commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI), a évoqué « les remous et les réserves » que suscite l'instauration de ce juge d'un type inédit, voulu par le président de la République et mis en place par la garde des sceaux Rachida Dati. Chaque tribunal de grande instance compte ainsi un juge des victimes depuis le 2 janvier. « Les juristes se demandent si ses attributions relèvent bien de la mission d'un juge qui, normalement, n'a pas à prendre parti », a observé M. Bridey.
Avoir conscience de la dimension humaine de la justice
Dossier multimédia
Radio France, lundi 20 février 2006
Pas assez de culture du doute ? Il est aujourd’hui reproché à l’ENM de ne pas faire assez de place dans sa formation à la culture du doute. Critique qui fait grincer des dents Daniel Ludet, ancien directeur de l’ENM, aujourd’hui avocat général à la Cour d’appel de Paris… Une formation satisfaisante Olivier Beauvallet est juge d’instruction à Roanne. En poste depuis septembre 2004, il estime que la formation qui lui a été dispensée à l’ENM lui a permis d’arriver dans de bonnes conditions à son cabinet… La justice française à bout de souffle Délaissée par l’Etat depuis la IIIème République, la justice en France est arrivée à un point de rupture, explique le sociologue Philippe Robert, directeur de recherches au CNRS et ancien directeur du GERN…
Cellule de réflexion sur les métiers de la fonction publique
Groupe Justice,
D. Botteghi ; A. Garapon ; E. Goldstein ; F. Mion ; J-F de Montgolfier ; V. Pécresse ; A. Savie
rapport, IEP de Paris, mai 2001, extrait
2.1.2. Avoir conscience de la dimension humaine de la justice.
A l'issue de l'E.N.M., on a pu observer que la plupart des auditeurs de justice ne sont pas suffisamment armés pour affronter la dimension humaine, parfois violente, à laquelle ils sont confrontés en juridiction. Les magistrats sont au contact de la grande pauvreté et de ses réalités comme l'alcoolisme, l'inceste, la violence conjugale ou les troubles psychiques. Ces problématiques sociales sont abordées seulement de manière ponctuelle à l'E.N.M. Il serait bon que l’I.E.P. donne à ceux qui le souhaitent les moyens de travailler sur ces questions dans le cadre, par exemple, d'un enseignement optionnel sur la sociologie de la grande pauvreté ou sur les comportements de déviance sociale. Les futurs magistrats auraient ainsi le temps d'appréhender ces problèmes dans un contexte dépassionné et pourraient acquérir les outils intellectuels nécessaires pour travailler sur la juste distance à adopter entre les faits et l'affectivité. D'un point de vue pratique, des visites en prison, dans les services de police et dans les services sociaux, dans les maisons de justice et du droit, et plus largement dans les juridictions et dans les cabinets d'avocat, pourraient être organisées et proposées aux étudiants. Le semestre de stage devrait être obligatoire pour l'obtention de la majeure Magistrature.
Enfin, les futurs magistrats doivent apprendre à écouter et à douter. C’est en effet le doute qui pousse le juge à envisager les multiples facettes du cas qui lui est soumis, et contribuer à la qualité de sa décision. Cette culture du doute pourrait être favorisée par un enseignement de philosophie du droit et par des exercices du type taking-side pratiqués dans les universités anglo-saxonnes (apprentissage du raisonnement juridique, prise de position, capacité à exprimer une argumentation complexe).
Devenir juge malgré la "dette" d'Outreau
LE MONDE | 01.02.06 | Extrait
Les nouveaux auditeurs — élèves — de l'Ecole nationale de la magistrature (ENM), réunis pour leur rentrée, lundi 30 janvier, à Bordeaux, ont reçu l'affaire d'Outreau en héritage. Comme une dette. "On va avoir plus de pression. On va nous attendre au tournant, ajoute Stéphanie Perrin. La culture du doute, c'est clair, on devra l'avoir tout le temps."
C'est le premier matin de leur formation de juge, qui s'achèvera en septembre 2008. Mais Michel Dobkine, le directeur de l'ENM, ne s'est pas attardé sur les félicitations : "Il m'a été dit que vous serez la première promotion de l'après-Outreau. C'est un peu écrasant, un peu lourd." Ils sont 250 dans l'amphithéâtre. Très jeunes, 25 ans en moyenne. Des filles, à 80 %.

Heureux les agents publics : ils seront couverts
Les robes noires contre les blouses blanches ?
Par Eolas, lundi 4 août 2008, extrait
Heureux les agents publics : ils seront couverts
Notre hypothèse est que le dommage au patient est survenu dans un établissement hospitalier (on parle d'hôpital pour un établissement de soin relevant de l'État, et de clinique pour un établissement privé ; mais il y a des pièges comme l'Hôpital américain de Paris, qui comme son nom l'indique est une clinique française située à Neuilly Sur Seine). Le contentieux relève du juge administratif, et le défendeur est l'établissement hospitalier lui-même, pas le médecin. Ceci est une application générale du fait que l'État est responsable des agissements de ses fonctionnaires, et se substitue à eux pour réparer les dommages causés. Il peut ensuite régler ses comptes avec l'agent public fautif, en demandant le remboursement des sommes payées à la victime (action récursoire, quasiment jamais utilisée à ma connaissance) et en prenant des sanctions disciplinaires à son égard.
Arrête d'être lourde (je parle à la faute)
Jusqu'en 1992, le juge administratif exigeait que la faute ayant causé un dommage soit une faute “lourde”. Cette exigence se voulait le reflet de la particularité de la pratique médicale : un médecin ne saurait être tenu de guérir son patient. Il doit faire de son mieux. ...
— La voici - une question - : qui êtes-vous pour dire qu'un médecin a commis une faute ?
— Personne. Pas plus que le juge, cela dit.
— Est-ce une excuse ?
— Non, mais l'ignorance est plus supportable quand elle est équitablement partagée. C'est sur ce pilier que reposent tous les comptoirs de café du commerce. De fait, pour dire qu'un médecin s'est trompé, nous faisons appel… à un médecin. Tous ces dossiers donnent lieu à une expertise judiciaire. Zythom nous parle avec talent de son activité d'expert judiciaire en informatique. Un médecin fait de même, mais n'autopsie pas des serveurs ou des disques durs.
— Cela marche comment ?
— Très simplement. On ne choisit pas son expert, c'est le juge qui le désigne. L'adversaire doit être mis en cause pour pouvoir participer aux opérations et éventuellement avoir son mot à dire sur l'expert. Cette désignation se fait en référé, aussi bien au judiciaire (art. 145 du CPC) qu'à l'administratif (art. R.532-1 du CJA). L'expert se fait communiquer le dossier médical complet, épluche les compte-rendus opératoires, convoque les parties à une réunion d'expertise où la victime sera examinée en présence des avocats, du médecin ou de l'établissement mis en cause. Les avocats en “corpo” se font assister d'un médecin conseil, qui leur apporte leurs lumières. L'expert rend ensuite un rapport répondant aux questions et remarques faites par les parties, et c'est sur la base de ce rapport que les avocats vont ensuite s'étriper en toute confraternité.
“Le droit, rien que le droit…”
Par Eolas, jeudi 31 juillet 2008, extrait
Je ne le dirai jamais assez : le droit et la morale sont deux choses distinctes.






















