October 15, 2005

Une femme ouvre le ventre de sa voisine


L'Express du 20/09/2004
Un enfant à tout prix
Par Jacques Sédat, extrait :

L'incident récent survenu à l'aéroport de Roissy - une femme a volé un enfant, retrouvé un jour plus tard - nous rappelle que le rapt d'enfant est plus fréquent qu'on ne le pense. Généralement, ces femmes ne peuvent pas avoir d'enfants. Elles ont un besoin irrépressible d'exercer leur maternité et courent après un substitut sur lequel elles projettent toutes leurs attentes, un énorme espoir de stopper une hémorragie narcissique qui les met dans un état de panique.

Mais, en réalité, ces faits divers exceptionnels sont révélateurs d'un phénomène plus banal qui est le désir d'enfant fantasmatique. Nous avons tous, enfoui au fond de nous, cette envie folle de pouvoir jouer les Pygmalion auprès d'un enfant que nous façonnerions à notre idée, qui incarnerait tout ce que nous n'avons pas su être. Ce désir répond à la frustration d'un narcissisme défaillant. C'est un rêve d'enfant pour soi, et non pour lui-même. On veut «avoir» un petit, alors qu'il faut le mettre au monde, c'est-à-dire le projeter dans la vie afin qu'il échappe à nos griffes protectrices. Pour commencer, la mère doit accepter la séparation de corps, faire le deuil de ce fantasme d'un enfant merveilleux: c'est ce qui se passe généralement au moment de la dépression post-partum, qui prend parfois l'allure d'une véritable psychose puerpérale.

PITTSBURGH, Pennsylvanie (AP), 14 octobre 2005 - Une femme a assommé sa voisine enceinte avec une batte de base-ball mercredi avant de l'emmener dans les bois et de lui ouvrir le ventre à la lame de rasoir pour tenter de lui voler son bébé, a annoncé jeudi la police de Pennsylvanie.

L'assaillante n'a pas eu le temps de retirer le foetus du ventre de sa victime, interrompue par un adolescent qui est passé près des deux femmes en vélo.

Valerie Oskin, âgée de 30 ans, a subi un accouchement par césarienne en urgence, et se trouve dans un état grave, alors que le bébé se porte bien, a précisé la police. Elle semblait être dans le dernier trimestre de sa grossesse, selon les autorités.

Sa voisine, âgée de 38 ans, a été écrouée et inculpée jeudi pour tentative d'homicide et coups et blessures. Elle avait dit à son concubin avant l'agression qu'elle était enceinte, et les enquêteurs ont trouvé des objets pour bébé dans sa caravane, a affirmé le procureur du comté d'Armstrong.

"Elle attendait clairement l'arrivée prochaine d'un enfant", mais "rien n'indique qu'elle était enceinte", a affirmé le procureur Scott Andreassi.

Valerie Oskin serait probablement morte si l'adolescent ne l'avait pas vue depuis son vélo, selon la police. En décembre dernier, une habitante du Missouri avait ouvert le ventre d'une femme enceinte après l'avoir étranglée, et lui avait volé son bébé. Lors de son arrestation, elle avait présenté le nouveau-né comme le sien. Elle doit être jugée prochainement. AP

October 11, 2005

Internement abusif

BORDEAUX (AP), 10 octobre 2005 - Sept ans après avoir été interné abusivement en hôpital psychiatrique, un chirurgien-dentiste de Gradignan (Gironde) vient d'obtenir réparation auprès de la cour d'appel d'Agen, a-t-on appris lundi auprès de l'intéressé.

Martial Corlouer, 49 ans, a été interné pendant 48 jours au centre hospitalier Charles Perrens de Bordeaux, du 9 décembre 1998 au 26 janvier 1999, victime, selon lui, d'une machination orchestrée par un ami de sa femme.

Le 3 mai 2000, le tribunal de grande instance de Bordeaux reconnaissait "l'absence d'éléments permettant de caractériser l'existence de trouble mental de nature à compromettre l'ordre public et la sécurité des personnes".

Le 27 juin 2000, le tribunal administratif de Bordeaux annulait l'arrêté de placement d'office pour défaut de motivation.

A l'issue d'une longue procédure judiciaire, la cour d'appel d'Agen (Lot-et-Garonne) vient d'allouer au chirurgien-dentiste une provision de 60.000 euros à valoir sur la réparation de ses préjudices, aux dépens de l'hôpital Charles Perrens et du Trésor Public, a expliqué lundi Martial Corlouer à l'Associated Press.

La cour juge que "durant plusieurs semaines, Martial Corlouer a été privé de sa liberté et dans l'impossibilité d'exercer son activité professionnelle", et que cela "a porté atteinte à sa réputation".

Alors qu'étant alors "engagé dans une procédure de divorce conflictuelle, il s'est vu privé en raison de cette mesure d'un droit de visite et d'hébergement sur ses enfants pendant plusieurs années".

Martial Corlouer annonce maintenant qu'il va porter plainte pour "crime d'atteinte à la liberté individuelle et complicité" à l'encontre de plusieurs personnes, dont un haut magistrat et plusieurs médecins, qu'il estime être responsables de son internement abusif. AP

October 8, 2005

une fois par mois, sur une feuille de papier

Il serait donc bien légal de se plaindre ou même simplement d'écrire, en Hollande en tous cas.

AMSTERDAM (AP), 8 octobre 2005 - Elle se plaignait trop: elle ne pourra plus venir chercher sa fille à l'école. Une Néerlandaise qui abreuvait l'établissement de réclamations en tous genres a été interdite jeudi par un tribunal d'approcher le bâtiment ou les professeurs pendant un an.

La femme, dont l'identité n'a pas été dévoilée, a "débordé" l'école primaire de Borgh, dans la ville de Zuidhorn (nord des Pays-Bas), "d'un flot incessant de questions, de commentaires et de plaintes", a déclaré dans son verdict la cour du district de Groningen.

"Pour avoir causé une gêne illégale (...) elle sera interdite d'approcher l'école ou les alentours de l'école pendant un ans, et de contacter l'école, les enseignants ou la direction de toute manière autre que celles spécifiées dans le verdict", a décidé la cour.

Les plaintes de la Néerlandaise allaient du traitement de sa fille -décrite comme "très douée"- à des désaccords concernant le programme scolaire, les méthodes d'enseignement ou la sécurité de l'école.

Pendant l'année scolaire 2004-2005, la femme a envoyé 50 e-mails et 20 lettres à l'école, où elle est venue neuf fois en personne. Elle a également écrit 29 lettres à la direction de l'école et quelques autres "à la Commission nationale des réclamations, à l'Inspection du travail, à l'Inspection scolaire, au représentant de la Reine et à la presse", précise le verdict du jugement.

Dorénavant, la femme n'aura le droit de se plaindre à l'école qu'une fois par mois, sur une seule feuille de papier. AP

Le non intérêt supérieur de l'enfant

Parmi les attitudes négatives clairement identifiées, nous trouvons les parents battants, l'inceste, la parenté fusionnelle, la monoparentalité désirée, l'aliénation parentale, le syndrôme de Münchausen, le syndrome de "Peter Pan", l'inertie judiciaire, le rapt parental (privé ou publique), la non-représentation d'enfant, le manque d'objectivité des acteurs familiaux et judiciaires, la "malbouffe", l'hébergement déséquilibré des enfants après une rupture, la démission forcée -ou par inertie institutionnelle- d'un parent...

Extrait relevé sur lespapa.com

Et de la conclusion que je suis susceptible de réemployer très prochainement :

En conclusion, il serait plus intéressant d'accepter de ne pas pouvoir définir le bonheur absolu pour les enfants afin de récupérer son bon sens et son pragmatisme et pour ne pas appliquer des attitudes nocives clairement identifiables à nos enfants.

October 6, 2005

Deux mamans

Libération, le 6 octobre 2005
et beaucoup d'indignation, extraits :

«Un livre pour enfants qui fait frémir.» Ainsi Elisabeth Monfort, présidente de l'association catholique Femina Europa, présente-t-elle l'ouvrage Jean a deux mamans édité par l'Ecole des loisirs. Ce livre destiné aux enfants de moins de 3 ans met en scène une famille homoparentale. Edité en novembre 2004, il s'est vendu pendant un an sans faire de vagues jusqu'à ce qu'une lectrice du Figaro ­ ou plutôt sa fille­ tombe dessus dans une bibliothèque municipale.

«Je me suis sentie piégée, raconte-t-elle le 9 septembre dans le quotidien. OK en librairie ou bien dans le coin bibliothèque des ados, car, dans ces conditions, chacun a le choix. Mais là, quel choix ai-je ? Quand ma fille veut ce livre parce qu'elle adore les images et que je refuse, qu'est-ce que je lui réponds ?»


Non.

October 4, 2005

Le grand singe dérange

En réaction à l'emission Dossiers de France 3,
L'instinct paternel existe-t-il ?

One Voice, Le grand singe dérange

Le résultat de nombreuses études menées sur nos plus proches parents, dont celles du grand primatologie, Franz de Waal, permettent de dire maintenant que la technique, la culture, les traditions, l’enseignement, la planification, la coopération, l’altruisme et les rituels de réconciliation font partie de la structure sociale des grands singes. Ils ont conscience d’eux-mêmes, reconnaissent leur image dans un miroir, anticipent le futur, assimilent des structures de langage élaborées, plaisantent et… mentent! Le gouffre est sur le point d’être franchi mais l’opposition sera à la taille du progrès moral que cela constituerait dans la relation de l’Homme à l’Animal. Le spécisme, profondément enraciné dans les mentalités humaines, et des intérêts puissants sont en jeu. Nous avons besoin de toutes nos forces vives, de toutes celles et ceux qui sont capables de passer au-dessus des préjugés et de leurs propres intérêts pour que les êtres chimpanzés, bonobos, gorilles et orangs-outans ne soient plus traités comme des choses ou des instruments au service de l’immoralité humaine, mais comme des personnes dotées de leurs propres destins. Le cours de leurs vies est entre nos mains.


Nouvel Obs, dossiers 2002/2003
Hier, il n'y en avait que pour les mères, extrait :

Dans les années 80, tout le monde se fichait de lui, se souvient la sociologue Evelyne Sullerot, auteur de “Quels pères, quels fils ?”. Il n’y en avait que pour les mères ! » A la même époque, Ségolène Royal, alors conseillère de François Mitterrand, éconduisait les associations de pères divorcés. De quelle planète venaient-ils pour oser réclamer la garde de leurs enfants ? Aujourd’hui la même Ségolène, ministre déléguée à la Famille, reprend leurs revendications et insiste sur la nécessaire revalorisation de leur rôle (voir encadré). Cette même gauche qui en 1968 voulait la « mort du père » plaide pour un renforcement de l’autorité, en espérant donner des repères à la jeunesse et contenir la violence dans les cités. Le discours social et politique, qui s’en est tenu longtemps à la dénonciation des pères défectueux, est en train de changer totalement. Maintenant c’est quasiment un appel au secours, du style : « Soyez bons, nous avons besoin de vous ! Vous êtes aussi essentiels que les mères ! »

Femme Actuelle N°684, extrait d'une interview d’Aldo Naouri :

F.A. : Quelles sont les conséquences de l’absence du père pour l’enfant ?
Dr A.N. : Il faut s’entendre sur le terme absence. Il y a absence de père quand il n’y a personne pour remplir la fonction paternelle, c’est-à-dire personne pour faire obstacle à la toute puissance maternelle. Or, on l’a vu, ne peut faire obstacle que celui à qui la mère reconnaît ce droit. Partant de là, on peut comprendre que la présence réelle, effective, du père aux cotés de l’enfant n’est pas absolument indispensable. S’il est vraiment présent dans les pensées et les comportements de la mère, il peut être loin, jamais là, mort même, il remplit tout de même sa fonction paternelle. En revanche, s’il n’est pas aimé et que son autorité est intérieurement déniée par la mère - même si elle ne le manifeste pas ouvertement, il peut être présent tous les jours, il est absent quand même car il ne peut pas remplir sa fonction paternelle.

F.A. : Quelqu’un d’autre que le père peut-il remplir sa fonction ?
Dr A.N. : Oui, car c’est une fonction, disons atomisable. N’importe qui peut la remplir (un oncle, un professeur, un ami de la famille, une grand-mère même...) à partir du moment où la mère reconnaît à cette personne le droit de s’interposer entre elle et son enfant, où elle s’incline dans les limites qu’on lui impose. Même un gardien de square qui interdit de monter sur les pelouses, un agent de police qui n’autorise pas à traverser à tel endroit ont une fonction paternelle. Disons qu’ils sèment une espèce de poussière de fonction paternelle, la dose minimale pour que l’enfant ne devienne pas fou. Mais ce droit partiel accordé à l’autre par la mère (ou subi par elle) est bien entendu insuffisant (...). La relation avec la mère est si intense, si viscérale ! Pour que l’enfant parvienne à se détacher, il faut que la mère soit elle-même liée par un lien puissant à celui qui s’interpose.


Aldo Naouri se défend d'être rétrograde et conservateur. Il explique qu'il n'est pas contre le partage des rôles et le pouvoir des femmes. Cela n'a rien à voir, dit-il. Que les hommes fassent la vaisselle, c'est une chose. Mais il faut qu'ils jouent leur véritable rôle de père. Pas celui des sitcoms et des poncifs à la mode. Celui qui s'interpose entre la mère et l'enfant. Ce n'est pas en maternant ce dernier qu'ils y parviendront, précise Aldo Naouri avec une moue légèrement dubitative. Le pédiatre ne combat pas la toute-puissance des mères. Au contraire, il la célèbre. Mais à une condition: que les pères ne cessent de rappeler à ces mères qu'elles sont des femmes. Par-dessus l'épaule maternelle, l'enfant doit voir qu'il y a un homme et que cet homme intéresse bigrement sa mère.

L'Express livres, Les pères et les Mères (Odile Jacob)


Dialogues, selon Claude Serraute :

— Bon, il est un peu bagarreur, mais de là à en faire de la graine de gangster ! C’est de son âge. Ça lui passera.
— En lui serrant la vis. Mais, toi, question autorité… C’est pas en continuant à jouer les père-mère que tu vas…

— Et alors, où est le problème ?
— Le problème, c’est qu’il n’a plus 6 mois, Thomas. Et que, maintenant, il n’a plus besoin d’un nouveau père, mais d’un père, un vrai, à l’ancienne.

— Normal, écoute, avec tout ce qui se passe maintenant – l’insécurité, la montée de la délinquance juvénile, la responsabilité des familles –, les psys en reviennent à l’autorité paternelle.
— Trop tard ! Elle est parentale et depuis belle lurette, l’autorité. Alors si tu as envie de jouer les mères fouettardes, vas-y. Moi, je ne saurais plus.
— Enfin, Jean-Mi, tu ne voudrais pas que ce soit moi, avec mon gros ventre qui… L’homme, c'est toi, quand même, non ?

October 2, 2005

Outreau, l'errance judiciaire

Ou l'art de constituer des éléments à charge à partir de quelques mots d'enfants...

Le Figaro, 1er octobre 2005, extraits :

Objet de cette procédure, supplément d'information ordonné par la cour d'assise : vérifier si Daniel Legrand fils, qui s'est vu infliger deux ans de prison ferme en première instance, n'aurait pas été victime d'une homonymie, ou d'une méprise : la mise en cause manuscrite, par l'une des jeunes victimes, d'un «Dany Legrand» – ou «Dany le grand» – avait conduit à l'arrestation, en dehors d'Outreau, de Daniel Legrand père et fils. Aucun des deux n'a jamais été reconnu par les habitants de la Tour du Renard, où s'étaient déroulés les faits.

Les enquêteurs concluent, logiquement, qu'«aucun des éléments recueillis ne permet de mettre en cause de quelque manière Dany C. pour les faits incriminés». Le conseil de Daniel Legrand fils, Me Julien Delarue n'a jamais prétendu le contraire lorsqu'il avait formulé sa demande de supplément d'information. L'avocat entendait simplement démontrer que l'accusation initiale visant un «Dany Legrand», formulée par un enfant très jeune et traumatisé, prêtait à interprétations.

Et qu'en dépit de la bizarrerie de l'enchaînement judiciaire – on cherche un homme dans la force de l'âge, on en arrête deux, le père et son fils, on acquitte le premier et on condamne le second, à peine majeur à l'époque des faits, pour des attouchements alors qu'il était poursuivi pour des viols aggravés – nul n'avait jamais songé à poursuivre les investigations sur la piste «le grand/Legrand».

October 1, 2005

Rupture familiale et sociale

CAEN (AP), 1 octobre 2005 - Les parents d’un bébé abandonné dimanche dernier à Caen (Calvados) et qui étaient activement recherchés par la police ont été interpellés vendredi à Argentan (Orne) à la suite d’un accident de voiture, a-t-on appris samedi auprès du parquet de Caen. Les parents, âgés de 23 et 24 ans, ont été placés en garde à vue à Argentan avant d’être transférés à Caen où ils ont été présentés vendredi soir au parquet. ”En rupture sociale et familiale” selon le procureur de la république de Caen François Nicot, le couple s’était apparemment rendu ces derniers jours à Marseille en passant par les Landes, en vivant “essentiellement de mendicité”. Les jeunes gens sont soupçonnés d’avoir abandonné dimanche dernier vers 18h leur petite fille âgée de deux mois et demi, retrouvée dans sa poussette devant le pavillon d’un couple de médecins, à quelques mètres du centre hospitalier régional Clémenceau à Caen. AP
CAEN (AP), 26 septembre 2005 - Un bébé abandonné a été découvert dimanche près du centre hospitalier régional de Caen, a-t-on appris lundi auprès des services de police. Le bébé, une fillette qui aurait environ deux mois et demi, a été découvert par une passante vers 18h dimanche, à une centaine de mètres de l’entrée du CHR de Caen (Calvados), devant le pavillon d’un couple de médecins, ont précisé les services de secours. Le bébé abandonné a été retrouvé dans une poussette dans laquelle se trouvait du lait en poudre, des paquets de couche et des vêtements d’enfant, mais aucun message n’a été retrouvé sur le nourrisson. L’enfant a été pris en charge par le service pédiatrique du CHR. AP

September 30, 2005

Ces cris qu'on enterre

Libération, le 27 septembre 2005
Le président Bouteflika entend rayer de la mémoire collective plus d'une décennie de guerre civile. Mais beaucoup d'Algériens ­ qu'ils soient rescapés ou proches de disparus ­ refusent cette amnésie forcée.

Après de longues recherches, il pense que leurs corps reposent là, au fond du trou. «Pour qu'on ne sente rien, il suffit en général de jeter de la chaux.» Lorsqu'il a crié au charnier et exigé son exhumation, il a été réduit au silence. «La gendarmerie m'a harcelé. Mon autre frère a été accusé de liens avec les terroristes et emprisonné pendant trois mois. Tout ça pour m'éloigner d'ici.» Le black out était déjà décrété.

L'homme dirige Al-Soumoud, l'une des associations de victimes d'un conflit qui, durant les années 90, a ensanglanté l'Algérie, faisant 200 000 morts. Une page que le président Abdelaziz Bouteflika veut tourner, une fois pour toutes. Sa «charte pour la paix et la réconciliation nationale», qui sera soumise le 29 septembre à référendum, enterre la «sale guerre», ses cadavres, ses tueurs et ses secrets.

Une révolution : le Plumpy Nut

Libération, le 28 septembre 2005
Plumpy Nut, une pâte à base de beurre de cacahuètes, sauve aujourd'hui des milliers d'enfants de la famine.

«Pour nous, c'est une révolution, explique Marie Gillot. D'abord, la mère peut nourrir son enfant : c'est plus gratifiant pour elle et ça la responsabilise. Elle n'est plus obligée de résider au centre nutritionnel avec lui, comme c'était le cas lorsque le seul traitement possible était à base de lait en poudre, dont la préparation est plus délicate et nécessite une eau propre. Pendant qu'elle était ici, la mère abandonnait ses autres enfants et son mari, ce qui n'est jamais bon.» Avec ce système, une centaine d'enfants sont pris en charge par le centre d'Otash, où ne travaillent qu'une seule expatriée et une demi-douzaine de Soudanais.

La scène se passe au centre de stabilisation nutritionnelle d'Otash, près de Nyala, la capitale du Sud-Darfour. Faïza a retrouvé un poids à peu près normal pour son âge. Il y a un mois, elle était un enfant mal nourri.

September 29, 2005

Une infirmière puéricultrice et une sage-femme rapportent

NANTERRE (AFP), le 29 septembre 2005 - Apathie des proches pourtant inquiets, services sociaux aveugles malgré des alertes: Franck Biennait, 40 ans, et Michelle Dessigny, 26 ans, ont été accusés mercredi devant les assises des Hauts-de-Seine, d'avoir affamé jusqu'à la mort leur fillette de 7 mois sans que personne ne réagisse.

Le couple encourt 30 ans de réclusion. Le demi-frère de Michelle, Laurent Dessigny, hébergé depuis deux mois par le couple au moment des faits, est poursuivi pour "non-assistance à personne en danger".

"Mon mari et moi, on trouvait ça bizarre. Candy était trop petite pour son âge. On voyait bien qu'il y avait quelque chose. Mais Michelle évitait toujours le sujet et Franck n'était jamais là", a raconté mercredi la belle-mère de Michelle (la deuxième femme de son père), Marie-Thérèse Guillemin.

La présidente du tribunal: "Ca vous a rappelé quelque chose? Vous aviez déjà vu des enfants comme ça?" - Mme Guillemin, dans un souffle: "A la télé, oui... des petits Biafrais".

Une infirmière puéricultrice rapporte une conversation avec la jeune maman, quelques semaines après la naissance en mars 2002. "Pas de difficultés particulières, bonne relation mère-fille", lâche-t-elle dans une déposition parsemée de longs silences gênés.

Même ambiance lors de l'audition d'une sage-femme, qui se souvient d'un bébé "en bonne santé apparente". Pourtant, quelques détails la dérangent: carnet de santé de l'enfant totalement vierge, grossesse non déclarée et non suivie médicalement, "contact difficile" avec la mère... Au final, rien.

La mère commence à affamer la petite en juillet 2002, jusqu'à sa mort le 11 novembre 2002.

Une ébauche de l'agonie de Candy s'est dessinée mercredi. "Quand on venait, elle était toujours couchée dans sa chambre", selon Mme Guillemin. Les trois autres filles du couple, âgées de 2 à 6 ans au moment du décès de Candy, n'avaient pas le droit d'entrer dans cette chambre, isolée à l'étage de leur pavillon de Colombes (Hauts-de-Seine).

Cloîtré et affamé, le bébé paie les problèmes relationnels de ses parents. Selon le commandant de police Franck Privé, Michelle, qui ne souhaitait pas la naissance de Candy, "a reconnu avoir sous-alimenté sa fille pour provoquer l'attention de son compagnon, qui ne s'occupait pas des enfants".

De son côté, Franck Biennait reprochait à Michelle de mal tenir leur pavillon, le poussant à fuir le domicile pour se jeter dans sa passion, la pétanque, dont il est champion de France. Il prétend ne s'être rendu compte de rien.

Au moment de son décès à 7 mois et demi, Candy pesait 2,555 kg - soit moins qu'à sa naissance - recevant 35% de la ration calorique nécessaire depuis plus de quatre mois. Elle est morte seule dans sa chambre. Ses parents étaient à un tournoi de pétanque.

Verdict vendredi.



NANTERRE (AFP), le 29 septembre 2005 - "Je ne sais plus", "j'ai oublié": la mère de Candy, morte de faim à 7 mois et demi faute de nourriture, a répété ces phrases jeudi devant les assises des Hauts-de-Seine, alors que les experts, psychiatre et psychologue, donnaient des avis différents sur la responsabilité pénale des parents.

Michelle Dessigny, 26 ans, et Franck Biennait, 40 ans, encourent 30 ans de réclusion.

Pour Magali Bodon-Bruzel, psychiatre, le couple n'avait "pas d'altération du discernement" au moment des faits, de juillet à novembre 2002 à Colombes (Hauts-de-Seine). Michelle Dessigny en particulier ne présentait "pas de maladie mentale aliénante" mais un "état dépressif de moyenne intensité, sans caractère aliénant", accompagné d'une "anorexie légère".

Pour le psychologue Frantz Prosper au contraire, la jeune femme faisait à l'époque une "anorexie par procuration", qui "a frappé la mère et a touché Candy", la fillette décédée, ce qui aurait altéré son discernement.

Michelle Dessigny a reconnu en garde à vue avoir sous-alimenté sa fille pour attirer l'attention de Franck Biennait, de plus en plus absent du foyer familial. Ce dernier a toujours soutenu n'avoir rien remarqué jusqu'à la mort du bébé.

Concernant Franck Biennait, "égocentrique", éternel "absent" du foyer, "sa position est celle de la cécité: +je n'ai rien vu+", explique l'expert Prosper.

Biennait a reconnu jeudi lors d'une audience marquée par les nombreuses larmes du couple: "Je n'ai pas tenu mon rôle de père. J'aurai pu me poser des questions".

On lui montre une photo du cadavre nu de sa fille. Il regarde, tourne brusquement le dos, baisse la tête. La présidente de la cour: "Comment vous la trouvez?". Franck, la voix chevrotante: "Squelettique".

Plus tôt, la légiste Caroline Rambaud avait décrit "l'aspect terrible" de la fillette: "elle n'avait plus que la peau sur les os, devenus transparents. Elle n'avait plus de masse musculaire à tel point que ses paupières ne pouvaient plus se fermer".

"Ca me fait penser à des photos de camps de concentration", a renchéri la légiste Elisabeth Briand-Huchet.

Michelle Dessigny pleure. Toute la journée. Dès que les questions deviennent dérangeantes, les larmes. Pourquoi a-t-elle diminué les rations du bébé? "Je ne sais plus". Des proches jugent la fillette trop maigre? "Je ne me souviens pas". Elle cloître Candy dans sa chambre, car elle est trop maigre pour que cela ne se voie pas? "J'ai oublié".

L'interrogatoire s'interrompt, car la jeune femme sanglote en geignant: "c'est trop difficile, j'arrive pas à en parler, c'est encore trop douloureux".

Douloureux comme l'agonie de Candy. Les experts légistes ont estimé le degré de souffrance enduré par la fillette, sur une échelle de 1 à 7. "Le niveau 7, c'est un bébé qu'on jette dans l'eau bouillante", précise le légiste Jacques Bataille. Candy, elle, a atteint le niveau 6. Pendant quatre mois.

Verdict vendredi.


NANTERRE (AFP), 30 septembre 2005 - Le ministère public a requis vendredi à Nanterre 18 ans de prison contre Michèle Dessigny, 26 ans, et son ex-compagnon Franck Biennait, 40 ans, accusés d'avoir laissé mourir de faim leur fillette de 7 mois et demi.

Candy pesait 2,555 kg, soit moins qu'à sa naissance, lorsqu'elle est morte, en 2002 à Colombes (Hauts-de-Seine).

La procureure Rose-Marie Hunault a également requis trois années de prison assorties d'un sursis simple à l'encontre du demi-frère de Michèle Dessigny, Laurent, 22 ans, jugé pour "non-assistance à personne en danger". Il était hébergé depuis deux mois par le couple au moment du décès de la fillette.

Au troisième jour du procès, la procureure s'est dite convaincue que "les parents avaient tous deux la responsabilité pleine et entière du décès de leur fille".

"Il ne s'agit pas du procès de la misère comme on en voit dans certaines parties du globe avec des problèmes de dénutrition", a-t-elle expliqué. "Il s'agit de juger deux parents qui avaient la possibilité matérielle d'éduquer et de nourrir leur enfant".

"L'histoire de la vie de souffrance de Candy, n'est pas une histoire de fatalité : de sa mort, il y a trois responsables : un père, une mère et un oncle".

Candy n'avait reçu que 35% de la ration calorique nécessaire à son âge depuis plus de quatre mois, selon l'autopsie.

Pendant tout le procès, les parents se sont rejeté la responsabilité.

La mère a reconnu avoir sous-alimenté sa fille pour provoquer l'attention de son mari, qui ne s'occupait pas de ses enfants alors que le père a prétendu ne s'être rendu compte de rien car il s'était éloigné du pavillon familial qu'il jugeait mal tenu par sa femme.

En début d'audience, la présidente a indiqué qu'un administrateur ad hoc avait été nommé pour désigner un avocat pour les trois soeurs de la victime qui se sont constituées partie civile.

Le verdict est attendu vendredi après-midi.

September 28, 2005

La Défense, bien lotie dans le budget 2006

PARIS (AFP), 28 septembre 2005, extraits - La Défense est bien lotie dans le projet de budget 2006, avec des crédits de 47 milliards d'euros répartis sur quatre missions, et le ministère a décidé de mettre l'accent sur le financement de la recherche.

Le projet de budget 2006 étant désormais présenté sous forme de 34 missions, aucune comparaison précise n'est possible avec 2005. Toutefois, à périmètre constant, les crédits de la Défense augmentent de 3,4%, a-t-on indiqué au ministère.

Au sein de la "mission défense", dotée des trois quarts des crédits, la part consacrée à la recherche passe à 1,47 milliard d'euros contre 1,38 l'an dernier, a-t-on fait valoir au ministère.

...
Au total, les crédits gendarmerie atteignent 6,7 mds EUR et figurent dans "la mission sécurité" qui est partagée entre le ministère de la Défense et celui de l'Intérieur.

La quatrième mission, "Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation", reçoit des crédits de 3,9 mds d'EUR.

September 26, 2005

A propos de tabous

Le 18 octobre 2000, le lieutenant-colonel Pierre-Alban Thomas, aujourd’hui à la retraite, témoignait devant la section française d’Amnesty International. Extraits :

Pourquoi est-ce que j’accepte de m’expliquer publiquement ?

Les témoignages doivent provenir de tous horizons et pas seulement de milieux officiels. La vérité ne peut supporter aucun tabou. Parler et écrire est une manière de libérer sa conscience, de rendre publique sa " repentance " (terme à la mode). C’est peut-être aussi une incitation pour des indécis à rompre le mur du silence.

Pourquoi avoir attendu quarante ans ?

Trop tôt, me semble-t-il, eût entaché la vérité de réactions passionnelles et entraîné des polémiques inutiles. Trop attendre, c’était risquer l’altération de la mémoire, le désintérêt des jeunes générations.

Ne serait-il pas préférable d’enfouir ce passé insupportable ?

C’était l’avis de Messmer, alors ministre des Armées, après la bataille d’Alger en 1957. C’est ce que Bigeard exprimait dans son langage imagé : " Il vaut mieux ne pas remuer la merde. " C’est ce que pensent presque tous les généraux et cadres supérieurs survivants. Ils prétendent que toute révélation sur la torture porte atteinte à l’armée. À ces arguments, Lanza del Vasto répondait, dès 1957, à ceux qui lui reprochaient " de souiller le drapeau, de déshonorer notre pays en disant ces choses " : " Ce qui souille et déshonore, c’est de les faire, non de les dire. " J’ajoute que le courage étant la vertu majeure de tout militaire, le courage aujourd’hui doit consister à dire ce que l’on a vu, ce que l’on a fait, même si c’est pénible et peu glorieux. Le cacher est un acte de lâcheté.


Source: LDH-Toulon


Les enfants victimes de torture et leurs bourreaux,
Par Françoise Sironi, extraits :

De quelle manière l'histoire collective s'articule-t-elle avec l'histoire singulière des enfants et des adolescents? Par histoire collective j’entends les guerres, les persécutions politiques et économiques, les mouvements sociaux, les révolutions culturelles, les bouleversements technologiques, ceux de la science ou ceux des habitudes morales et culturelles.

Cette part vécue d'histoire collective traumatique fait taire. Elle fait taire les enfants qui l'ont vécue et qui n'en parlent pas, ni à l'école, ni à la maison. Elle fait taire aussi les adultes. (...) C'est là que vient se loger l'intentionnalité du système tortionnaire: venir attaquer, briser, dénaturer, compliquer les liens qui unissent des êtres de même sang. A l'école, la crainte du dévoilement peut conduire ces enfants et adolescents à un conformisme de surface. Plus gênant, la crainte du dévoilement de leur histoire traumatique peut conduire ces enfants à une propension accentuée au mensonge protecteur pour se rendre "lisses" aux yeux d'autrui. Il arrive fréquemment que les enseignants deviennent, à leur insu, les "bêtes noires" de ces enfants quand, en toute bonne foi, ils demandent de raconter des histoires de famille ou des histoires en lien avec le passé et le pays d'origine.

Ce qui caractérise aussi le comportement de ces jeunes enfants, c'est leur profond besoin de sécurité. Parce qu'ils ont été exposés à des événements traumatiques qui ont changé le cours de leur existence, ils vont jusqu'à douter que cette sécurité puisse exister. (...) En psychothérapie, ils chercheront souvent à s'échapper, à mettre le cadre à l'épreuve, à le transgresser. Ce comportement est imputable au traumatisme lié à la violence de l'impact de l'histoire collective sur des enfants en cours de maturation. Nous sommes dans une situation de traumatismes cumulatifs. Dans des sociétés humaines où la peur collective, la terreur, la torture, les massacres constituent des instruments de pouvoir, le groupe familial et le groupe culturel ne peuvent plus fonctionner comme un contenant pour ces enfants. La représentation de l'adulte est profondément altérée. N'ayant plus de contenant familial ou communautaire efficace, ils sont "ouverts", effractés. Ils vont alors capter, par un mécanisme d'empreinte, les représentations qu'a l'autre, l'ennemi, sur leur groupe d'appartenance (familial, culturel, religieux visé par le persécuteur). L'enfant peut soit mettre en scène ses représentations introjectées par l'intermédiaire de comportements agressifs, violents et susciter le rejet, soit se conformer aux vœux de l'agresseur. Ils vont alors devenir "dociles", cacher leur identité et développer une stratégie de camouflage en affichant un faux-self à toute épreuve. Nous sommes dans un contexte de violence intense qui a pour effet d'abraser toute capacité fantasmatique. Le mode d'élaboration psychique se fait sous le sceau de la sidération et de l'inhibition traumatique. Voilà pourquoi on peut voir apparaître un état de dissociation à peine reprérable quand il s'installe. Ce mode de fonctionnement va devenir permanent si les événements de nature traumatique perdurent (guerre, exil,…). (...) Cette expérience vécue est totalement intériorisée.

Les blessures dues à l'histoire collective peuvent rejaillir comme des bombes à retardement à plusieurs reprises au cours de leur vie adulte. Elles peuvent rejaillir précisément lorsque le succès leur sourit. Ces enfants, devenus adultes, qui avaient presque réussi à oublier le passé traumatique, sombrent alors cycliquement dans des périodes de profonde dépression et d'angoisse. Pour entrer en contact avec cette partie clivée, refoulée ou déniée et qui est maintenant enkystée, ils abusent de toxiques, d'alcool, d'excès en tout genre. Tout le reste de la personnalité s'est développé harmonieusement, hormis cette part d'eux-mêmes, si secrète, si "sauvage", qui se manifeste à la faveur de stimuli en lien avec ce passé traumatique. Ils sont régulièrement convoqués rappelés à un rendez-vous avec le passé, soit lors de dates anniversaires, soit à des périodes charnières de leur existence, et souvent, comme je le disais plus haut, en période de succès et de réussite professionnelle ou personnelle. La compréhension de l'effraction psychique et de la souffrance psychologique des enfants exposés au traumatisme doit beaucoup aux travaux du psychanalyste hongrois Sandor Ferenczi.

Comment agir de manière préventive, afin que la violence subie ne transforme pas ces enfants en véritables "bombes humaines" à l'âge adulte ou à la génération suivante? Un enfant qui a connu la guerre peut la porter en lui, comme une bombe à retardement. Les cliniciens croient parfois qu' il doit à nouveau pouvoir "redevenir un enfant". Or cela lui est strictement impossible. Un traumatisme a des fonctions psychologiques précises: celles d'engendrer des transformations psychologiques, d'être à l'origine d'une nouvelle organisation psychique. Il est susceptible d'engendrer une soudaine hyper-maturation psychologique. Le traumatisme fait taire et l'horreur fait fantasmer. Croire qu'ils vont redevenir des enfants "comme les autres", qu'ils vont à nouveau pouvoir "jouer" va contraindre ces enfants et ces adolescents à "faire semblant". La vie leur ayant appris à devenir hyper-vigilants, ces enfants et ces adolescents vont très bien décrypter les intentions des autres, surtout les intentions malveillantes. Ils repèreront les adultes qui veulent leur "faire plaisir" et ils les gâtent en retour d'un comportement attendu de circonstance. Ceci est un bel exemple de faux-self déclenché par des tiers bienveillants et il importe aux cliniciens d'être vigilants sur ce point.

Un dernier point mérite d'être examiné: quel rôle ces enfants vont-ils jouer dans l'histoire collective? Comment vont-ils se construire et de quelle manière vont-ils contribuer à la construction de l'avenir de leur pays ou du pays d'accueil? Au-delà des différences individuelles, quels types d'adultes vont-ils devenir? Quel que soit leur destin individuel, devenus adultes, les enfants qui ont été fortement marqués par l'histoire collective partagent souvent un goût prononcé pour l'action, un goût prononcé pour tous les domaines où il est possible d'avoir une action concrète sur le monde[1]. Ils se retrouvent souvent dans des situations où ils peuvent avoir prise sur le monde[2], avoir une influence sur le cours des choses, ou de l'histoire. Beaucoup deviennent des hommes politiques, des enseignants, des pédagogues, journalistes, psychologues ou psychiatres. On les retrouve souvent à dénoncer et réparer les blessures engendrées par l'histoire collective[3].


[1] Voir « Jeunes perdus sans collier »

[2] Voir « On nous a cramé le cerveau »

[3] Et de ceci, l'assitance (aujoud'hui l'Aide Sociale à l'Enfance, précédemment la DDASS) en est très fière ; extrait du « papier Labache » : Lorsque la prise en charge du jeune est évaluée par celui-ci de façon positive, il arrive souvent que l’ancien usager contracte une dette symbolique envers l’institution au point qu’il doit prouver sa reconnaissance par des actes de contre-don. Philippe s’investit intensément dans l’humanitaire ; Mariama dit qu’elle a besoin de donner en retour de tout ce qu’elle a reçu et de ce fait s’occupe des personnes âgées, certains reconstruisent une parenté symbolique en intégrant le personnel éducatif (parents d’accueil, éducateurs) comme membres de leur famille et en cultivant une grande affection pour leur eux. »


Bien qu’il existe de fortes preuves empiriques selon lesquelles tous ces facteurs - facteurs associés à une accentuation des troubles psychologiques chez les enfants - sont associés à de piètres résultats chez les enfants, il se peut que ces effets se produisent en présence de risques multiples. Rutter (1979) a fait remarquer que la présence d’un facteur défavorable isolé dans la vie d’un enfant n’augmente pas le risque de troubles, mais que c’est uniquement en présence de risques simultanés que les problèmes comportementaux s’accentuent chez les enfants. Il a constaté que les enfants exposés à un seul risque ne sont pas plus susceptibles d’éprouver des troubles que les enfants qui ne sont exposés à aucun risque. Selon ses recherches, cinq pour cent des enfants exposés à deux risques manifestent des troubles graves, comparativement à 20 % des enfants exposés à quatre risques ou plus. Sameroff, Seifer, Bartko (1997) ont également constaté que c’est en présence de plusieurs risques que le développement est le plus sérieusement compromis.

Les risques et la résistance chez les enfants de six et de dix ans
W-98-23F
par Jenny Jenkins et Daniel Keating
Octobre 1998


Voir également « Les classiques des sciences sociales » : l'acculturation, l'enculturation et ses conséquences.


L'évolution des relations parents-enfants-professionnels
dans le cadre de la protection de l'enfance
Octobre 2001, extraits :

Tout semble se passer, en réalité, comme si ces deux univers, celui de la famille et celui des professionnels de la protection de l'enfance, étaient deux hémisphères que sépare plus qu'il ne les rapproche l'enfant, acteur autant qu'enjeu de leur rivalité plutôt que de leur coopération.

Advienne la séparation de l'enfant avec sa famille et le champ de la protection de l'enfance peut même se transformer en cercle vicieux de la maltraitance: la maltraitance familiale subie par l'enfant se doublant parfois, à l'intérieur même du dispositif cette fois, d'une négligence voire d'une maltraitance institutionnelle subie ou agie, en tout cas vécue par les enfants, les parents et les professionnels eux-mêmes, tous victimes d'une violence autant réelle que symbolique.

Tous les parents rencontrés ont décrit cette intervention comme violente, impression renforcée par le sentiment d'être seuls, et sans droits, ou "victimes de préjugés", face à une machine juridico-administrative [...] Le terme violence est régulièrement employé par les familles. Dans ce contexte quelle place réserve-ton aux parents d'enfants placés ? Comment peut se traduire en acte la volonté des professionnels de prendre en compte les compétences parentales et de favoriser la "bientraitance" ?"

La violence institutionnelle vécue par les familles est un donné important, car l'intervention des professionnels, aussi respectueuses qu'elle puisse être, nomme des difficultés et des douleurs. Le "droit au temps" s'accommode mal d'un accompagnement trop standardisé. Il est, par exemple, patent que les horaires d'ouverture des administrations ne sont pas une aide, mais au contraire souvent une contrainte supplémentaire - voire, dans le cadre des évaluations notamment, une source d'a priori - pour des familles déjà en difficulté.

Concernant les Actions Educatives en Milieu Ouvert, les données disponibles, portant sur différents échantillons limités de mesures en cours entre 1988 et 2001, font apparaître le nombre important de parents vivant seuls (autour d'un tiers: 30.2% de pères et 36.6% de mères) et de parents séparés ou divorcés (seulement un tiers environ d'entre les parents concernés vivent en couple).

Elles dévoilent aussi l'absence très fréquente des pères dans le cadre de l'exercice de la mesure, certaines situations montrant qu'ils ne sont vus que dans les moments de crise. L'AEMO semblent concerner alors essentiellement la mère.

September 25, 2005

La mode de l'«abattage»

Un élève de terminale du lycée Pierre-Mendès-France de Vic-en- Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, a été passé à tabac lundi soir, par six de ses «camarades» de classe. P., 17 ans, a été victime de l'«abattage», cet étrange «amusement» qui vient des Etats-Unis et consiste à rouer de coups, sans raison, une personne choisie au hasard par un groupe de copains.

Le jeune homme a été agressé vers 20 h 45, dans la chambre qu'il partage avec deux autres internes.

«Cette affaire est très grave, s'insurge Gérard Wasmer. D'autant plus grave qu'ils l'ont attaqué à plusieurs et dans le noir. Au-delà de sa douleur physique, P. est très perturbé par ce qu'il a vécu. Ces pratiques stupides et très dangereuses sont inacceptables.» Quelques minutes après l'«abattage», le proviseur s'est attelé à identifier les auteurs de ces violences gratuites. «Nous les avons rapidement trouvés. Je leur ai passé un savon monumental et je leur ai demandé d'assumer leurs actes en exigeant que chacun d'eux m'écrive une lettre dans laquelle il explique précisément ce qu'il a fait.»

Les élèves se sont exécutés. Dans leur courrier, tous ont reconnu leur participation, juré regretter et assuré ne pas avoir voulu faire de mal à leur camarade. P. aurait été choisi par hasard, il est établi que le groupe avait décidé dans l'après-midi qu'il subirait l'«abattage» le soir même.

Les parents de P. ont porté plainte et les six élèves ont été exclus une semaine. «Nous ne pouvons pas passer sur ce genre de choses. La loi du silence doit être brisée. Cette violence collective doit être totalement proscrite», poursuit Gérard Wasmer.


Le Figaro, 24 septembre 2005

September 24, 2005

Le guide pratique RSF

Fortement impliquée dans la défense de la liberté d’expression et du droit à l’information, l’association Reporters sans frontières vient de publier son Guide pratique du blogger et du cyberdissident. Le guide en question est en vente en version papier ou en libre téléchargement sur son site au format PDF.

Le Guide pratique du
blogguer
et du
cyberdissident