November 8, 2005

NON à l´éthique de soumission

Lettre ouverte au garde des Sceaux : NON à l´éthique de soumission

Syndicat de la magistrature

LETTRE OUVERTE AU GARDE DES SCEAUX

Le Syndicat de la Magistrature a été invité, en urgence par le ministère de la justice, à donner son point de vue sur les propositions de "la commission de réflexion sur l´éthique dans la magistrature" dite commission Cabannes.

Dès sa création, le Syndicat de la Magistrature a toujours porté un regard critique sur l´institution judiciaire plaçant ainsi le justiciable au centre de ses revendications. Les membres du Syndicat de la Magistrature ont cherché à s´interroger sur leurs pratiques professionnelles, à y réfléchir et à travailler avec des partenaires non-magistrats pour critiquer le fonctionnement de la justice. Le Syndicat de la Magistrature a toujours nourri une réflexion sur l´éthique et proposé des réformes ambitieuses en ce domaine.

Le Syndicat de la Magistrature considère que le questionnement sur l´éthique doit, pour être exhaustif, prendre en considération l´institution judiciaire dans sa dimension globale. La mise en œuvre et le respect des principes fondamentaux sont de nature à permettre d´éviter certaines dérives individuelles : la collégialité, la publicité des audiences, l´égalité des armes, le respect du principe du contradictoire et des droits de la défense. C´est également dans une préoccupation éthique, que le Syndicat de la Magistrature a réclamé la réforme des tribunaux de commerce au sein desquels tant de pratiques abusives ont été constatées.

Or les réformes que vous accumulez nous éloignent de l´éthique du procès équitable telle que définie à l´article 6 de la Convention Européenne des Droits de l´Homme.

C´est ainsi que le recours au juge unique devient la règle au détriment des garanties que la collégialité apporte aux justiciables, la systématisation des comparutions immédiates favorise une justice d´abattage, la mise en place de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité institue un déséquilibre flagrant entre l´accusation et la défense. La délocalisation des salles d´audiences permettra demain de juger les étrangers au sein des aéroports, portant notamment atteinte à la publicité des débats.

Afin de restaurer la confiance des citoyens dans la justice, le Syndicat de la Magistrature a proposé un véritable système d´échevinage au sein des juridictions correctionnelles. Vous avez choisi de faire siéger les juges de proximité, à l´audience correctionnelle, favorisant ainsi des atteintes inadmissibles à l´impartialité et la déontologie avec un risque réel de confusion des intérêts (avocat jugeant un dossier défendu par un proche confrère, salariés de sociétés de crédit jugeant du droit de la consommation).

Afin d´éviter toute tentation corporatiste, le Syndicat de la Magistrature a souhaité que le Conseil supérieur de la magistrature garant de l´indépendance de la justice et chargé de la discipline des magistrats, soit composé majoritairement de personnes issues de la société civile. Dans un souci d´impartialité et de transparence, le Syndicat de la Magistrature a enfin proposé le rattachement de l´inspection des services judiciaires au Conseil Supérieur de la Magistrature. Cette réforme permettrait d´éviter la main-mise inacceptable de votre autorité sur ce service (lequel s´est récemment illustré par votre inertie suite à l´inspection diligentée au tribunal de grande instance de Nice.)

Au-delà de ces positions garantissant une meilleure éthique de l´institution judiciaire, le Syndicat de la Magistrature ne s´est jamais interdit de réfléchir à la responsabilité individuelle des magistrats et a proposé notamment de trouver un cadre adéquat pour examiner les plaintes des justiciables.

Or, vous n´envisagez aucune réforme d´ampleur, seule de nature à restaurer la confiance du citoyen envers la justice. Une telle réforme serait fondée sur une éthique collective de l´institution et ne reposerait pas uniquement sur l´éthique individuelle des magistrats " dits de base" comme le propose la commission Cabannes.

Vous choisissez de limiter ce débat d´importance aux conclusions du rapport de cette commission.

Le Syndicat de la magistrature voit dans cette délimitation du débat, une volonté d´instrumentaliser la notion d´éthique aux seules fins de mieux contrôler et de modéliser l´institution judiciaire.

Sur la méthode adoptée par votre ministère, le Syndicat de la Magistrature continue de dénoncer ce faux-semblant de dialogue social. Vous aviez déjà publiquement annoncé votre volonté de modifier le serment des magistrats avant même d´obtenir les conclusions définitives du rapport Cabannes. Ces conclusions, dans leur seconde mouture, n´ont d´ailleurs tenu compte ni des positions des organisations professionnelles ni même de la consultation contestable par voie de questionnaires.

Sur le fond, le Syndicat de la Magistrature est frontalement opposé aux mesures phares de ce rapport.

La modification du serment proposée par le rapport Cabannes traduit la volonté de museler les magistrats en renforçant leur devoir de réserve. Vos services tentent aujourd´hui de minimiser le contenu de cette obligation pourtant clairement définie dans les premières conclusions de la commission Cabannes, comme une interdiction de tout militantisme actif politique ou syndical.

Cette politique de soumission s´intègre d´ailleurs parfaitement dans le contexte politique actuel et dans votre gestion du ministère public. Réaffirmant dans le code de procédure pénale la prééminence de l´exécutif sur les magistrats du parquet, vous avez placé de façon méthodique comme procureurs de la République des personnes qui vous sont proches, rejetant tout pluralisme et passant allègrement outre les avis contraires du conseil supérieur de la magistrature. Après l´avoir coopté, vous soutenez le directeur de l´École Nationale de la Magistrature, qui fait enseigner avant l´heure « la déontologie version Cabannes », multiplie les atteintes aux droits syndicaux et érige la censure en méthode pédagogique. Ces exemples illustrent votre souhait constant de limiter la parole des magistrats pour mettre en place une véritable culture de soumission bien loin de l´indépendance, nécessaire à la mission de garant des libertés des citoyens assignée aux magistrats par l´article 66 de la constitution.

Cette mise sous tutelle se retrouve dans le rôle prépondérant que vous souhaitez conférer aux chefs de cours et de juridictions par l´instauration "d´une veille déontologique". Cette fonction inédite, liée aux pouvoirs accrus des hiérarques à l´occasion de la mise en place de la LOLF et aux modalités discrétionnaires d´attribution des primes de rendement confirme votre conception d´une justice de rendement, conçue à l´aune des seules statistiques. Les magistrats qui oseront encore travailler de manière autonome, indépendante, qui privilégieront la qualité au rendement ne manqueront pas de se voir rappelés à l´ordre.

De nombreux exemples viennent d´ores et déjà conforter nos craintes et nous renforcent dans notre opposition de principe à votre projet :

• le mépris affiché pour les avis non conformes du CSM estimant que le candidat ne correspondrait pas au profil de poste (procureur nommé alors que son expérience avait été jugée insuffisante) ou encore considérant qu´il y a un risque d´atteinte à la déontologie (magistrat détaché à la COB embauché par un établissement bancaire.);

• le comportement que vous qualifiez de "simple maladresse" du chef de cour faisant installer un système permettant d´écouter les conversations téléphoniques au sein d´un palais de justice;

• l´absence de réaction de la hiérarchie judiciaire à l´égard d´un magistrat auquel il est reproché d´avoir tenu des propos racistes à l´audience;

• le silence de la chancellerie à propos de l´annonce par le quai d´Orsay de la transmission aux autorités djiboutiennes du dossier d´instruction de l´assassinat du juge Borrel et ce malgré le refus du magistrat instructeur;

Dans ce contexte, le Syndicat de la Magistrature réaffirme que le but de votre réforme n´est pas de garantir au justiciable une meilleure justice mais de vous assurer le silence et la dépendance de la magistrature.

Si tel n´est pas le cas, nous vous demandons solennellement d´ouvrir le débat aux propositions du Syndicat de la Magistrature.

Veuillez agréer, Monsieur le garde des Sceaux, l´expression de notre considération.

Paris le 12 avril 2005

Pour le Syndicat de la Magistrature
Aïda Chouk, présidente

November 7, 2005

La République plus forte que Sarkozy ?

PARIS (AP), le 6 novembre 2005, extraits - Priorité absolue au rétablissement de l'ordre public. Après une dixième nuit consécutive de violences urbaines marquée par l'extension des déprédations, en province mais aussi, dans Paris intra-muros pour la première fois depuis le début de la crise, Jacques Chirac, est sorti du silence qu'il observait pour tenir un langage de fermeté.

"La République est tout à fait déterminée par nature à être plus forte que ceux qui veulent semer la violence ou la peur, et ceux-là seront appréhendés, jugés et punis, a-t-il martelé dans sa brève déclaration, très attendue au vu de l'aggravation de la crise. S'il s'est dit prêt à "poursuivre l'effort engagé" en matière de "respect de chacun, (de) justice et (d)'égalité des chances", cela interviendra une fois le calme revenu.

PARIS (AP), le 6 novembre 2005 - Un atelier de confection de bouteilles incendiaires a été découvert samedi soir dans un local désaffecté à Evry dans l'Essonne, en banlieue sud de Paris, et six mineurs ont été interpellés, a indiqué dimanche à l'agence Associated Press (AP) Jean-Marie Huet, directeur des affaires criminelles et des grâces au ministère de la Justice.

"Cent-cinquante bouteilles préparées pour être des cocktails Molotov, dont 50 déjà prêts à l'usage, des dizaines de litres d'essence et des cagoules ont été découvertes à Evry, dans un ancien local désaffecté", a expliqué par téléphone M. Huet à l'AP.

Il a précisé que cette découverte avait eu lieu samedi soir.

"Il y a eu six mineurs qui ont été interpellés", a-t-il ajouté. Selon lui, cette découverte "veut dire que ce ne sont pas des gamins qui improvisent ça dans leurs salles de bains". AP


PARIS (AFP), le 7 novembre 2005 - La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a demandé lundi un "changement radical de politique gouvernementale" jugeant, à propos des appels à la démission de Nicolas Sarkozy, qu'il "est illusoire de personnaliser des responsabilités qui concernent le gouvernement en son entier".

"Le ministre de l’Intérieur, en tenant des propos incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l’extrême droite, a certes commis une faute politique et morale", a déclaré la LDH dans un communiqué. "Mais le Premier ministre lui a solennellement renouvelé sa confiance à plusieurs reprises, et la responsabilité du gouvernement, comme des gouvernements dont M. Raffarin fut le Premier ministre, est entière et collégiale", a-t-elle ajouté.

Pour elle, "ce n’est pas seulement le langage du ministre de l’Intérieur, ce sont les actes de l’ensemble du gouvernement qui relèvent d’une logique d’apprenti sorcier" et "ce sont des années de politique centrée sur le tout sécuritaire qui sont en cause". Soulignant que "la violence destructrice ne résout rien, elle aggrave même les maux contre lesquels elle prétend se dresser", l'association a affirmé qu'il "n’en est que plus urgent de construire une mobilisation civique qui permette aux victimes de l’injustice de s’unir pour qu’il y soit mis fin".

"C’est une véritable campagne pour le respect, pour l’égalité et pour les droits civiques qu’il faut aujourd’hui engager, +tous ensemble+, afin que les actes des gouvernants cessent de contredire la devise de la République", a conclu la LDH.

> 7 novembre 2005 - Violences urbaines

Communiqué de la LDH

Contrairement à ce qu’indiquait samedi 5 novembre un grand journal du soir, la Ligue des droits de l’Homme n’est pas préoccupée par la démission de M. Nicolas Sarkozy. Pour symbolique que soit cette demande, elle ne résoudra rien. La LDH considère en effet qu’il est illusoire de personnaliser des responsabilités qui concernent le gouvernement en son entier.

Le ministre de l’Intérieur, en tenant des propos incendiaires et méprisants pour préparer sa campagne présidentielle en direction de l’extrême droite, a certes commis une faute politique et morale. Mais le Premier Ministre lui a solennellement renouvelé sa confiance à plusieurs reprises, et la responsabilité du gouvernement, comme des gouvernements dont M. Raffarin fut le Premier Ministre, est entière et collégiale.

Ce sont des années de politique centrée sur le tout sécuritaire qui sont en cause. Le sabotage des actions de prévention, l’asphyxie du monde associatif, la démolition de la police de proximité, la tolérance à l’égard des discriminations quotidiennes, notamment à l’égard des personnes étrangères ou supposées telles en raison de leur faciès, l’état d’une école qui ne peut réduire la ségrégation nous font mesurer aujourd’hui non seulement l’échec mais la redoutable nocivité de cette politique. Ce n’est pas seulement le langage du ministre de l’Intérieur, ce sont les actes de l’ensemble du gouvernement qui relèvent d’une logique d’apprenti sorcier.

Au-delà, c’est aussi l’incapacité des gouvernements successifs depuis des décennies à faire reculer le chômage massif, l’explosion de la précarité, la systématisation des discriminations racistes et territoriales, qui apparaît en pleine lumière aujourd’hui. Les émeutes sont auto-destructrices voire suicidaires, elles nuisent essentiellement à ceux dont elles dénoncent l’exclusion. Mettre fin à la spirale de violence et de destruction est vital pour l’avenir même de ceux qui se révoltent aujourd’hui. L’intervention des forces de l’ordre est inévitable mais la réponse purement policière à la protestation désespérée des exclus, seule envisagée dimanche par le président de la République, accentue le sentiment d’injustice. Il n’y aura pas de retour au calme sans que la République reconnaisse les injustices subies. Il n’y aura pas de paix sans justice, sans révision profonde des politiques publiques qui creusent les inégalités et les discriminations dans ce pays.

La violence destructrice ne résoud rien, elle aggrave même les maux contre lesquels elle prétend se dresser, mais il n’en est que plus urgent de construire une mobilisation civique qui permette aux victimes de l’injustice de s’unir pour qu’il y soit mis fin. C’est d’une véritable mobilisation de toutes les forces sociales et politiques qui rejettent les discours d’élimination du gouvernement et notamment du ministre de l’Intérieur que nous avons besoin. C’est une véritable campagne pour le respect, pour l’égalité et pour les droits civiques qu’il faut aujourd’hui engager, « tous ensemble », afin que les actes des gouvernants cessent de contredire la devise de la République.

Paris, le 7 novembre 2005

LES MUREAUX (AFP), le 6 novembre 2005 - La thèse gouvernementale sur "les bandes organisées" jouant les pyromanes d'une banlieue à l'autre fait sourire des jeunes des Mureaux qui assurent que leurs actions sont improvisées "d'après ce qu'ils voient à la télévision".

"C'est comme une compétition", dit Moussa (les prénoms ont été changés NDLR), adolescent franco-malien du quartier des Musiciens. "On voit ce que les autres font à la télévision, on essaie d'être à la hauteur".

Chaque soir depuis le début du "dawa" (le bordel), une dizaine de copains de Moussa qui se connaissent depuis l'enfance se retrouvent "comme pour un match de foot" autour d'un téléviseur dans leur HLM aux cages d'escaliers décrépites, aux murs roses et blancs. Même "uniforme" pour tous: tennis de marque, jeans baggy, sweat à capuche, cette dernière, de préférence blanche, mangeant le visage.

"On kiffe trop de voir tout flamber à la télé", se réjouit Youssef. "Le 9-3, je connais pas - je sors presque jamais de mon quartier sauf pour aller au bled en Algérie - mais on communique avec les mecs de Seine-Saint-Denis via l'écran, toutes les chaînes passent des images, même les télés arabes sur satellite".

"On se défie à distance", renchérit Mamadou, Malien de 19 ans, qui participe aux violences avec deux de ses jeunes frères. "Ceux de Clichy brûlent 15 voitures, il faut faire mieux, mais on quitte jamais notre territoire".

Ces jeunes affirment ne pas être des "caïds" qui existent selon eux dans le quartier mais préfèrent que les cités soient calmes pour faire prospérer petits et grands trafics. "Les caïds, ils aiment pas trop que les keufs soient là, alors en ce moment, ils sont pas à la fête", plaisante Youssef.

"Si on parle de nous à la télé, si on dit qu'on a été caillasser les keufs (policiers), pour nous c'est une victoire, une façon de montrer qu'on est des hommes, comme au Mali pour les rites de passage" à l'âge adulte, assure Moussa, soudain grave.

La télévision véhicule aussi des images qui les stimulent autrement, de manière négative: "on voit tout le temps la face de Sarko (le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy ndlr) à l'écran, ça me donne la rage, je voudrais tout brûler quand je l'entends nous cracher dessus. La racaille c'est lui", hurle presque Jean-Jacques, un autre membre du petit groupe.

Souvent rivaux, les groupes de jeunes de banlieues différentes se sont unis dans la colère contre la police, accusée une fois encore d'avoir provoqué la mort de deux jeunes, électrocutés à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) le 27 octobre, dans la fureur contre Nicolas Sarkozy et ses propos sur la "racaille" et dans le rejet d'une société dont ils se sentent exclus.

"Je n'aime pas les bandes de Chanteloup (les-Vignes, Yvelines), je ne connais personne à Clichy, mais on est tous dans la même galère, tous pas de la bonne couleur, pas de la bonne religion, sans avenir, sans taf (travail)", dit ce jeune musulman au chômage. "C'est aussi pour ça qu'on se comprend et qu'on s'entend sans se connaître".

Parfois, plus rarement, l'information passe de manière plus directe via des SMS avec des "cousins" d'autres banlieues, voire de province. "Kes kvou cramé cte nuit?", interroge ainsi via son téléphone portable Mamadou, à l'adresse d'un de ses cousins du Nord. "Tous kon peu et ++++", répond l'interessé dans une orthographe tout aussi revisitée.

November 6, 2005

Violée chez sa «seconde famille»

Libétation, samedi 05 novembre 2005
A 13 ans, Carole a été victime du gendre du couple qui l'accueillait en colo chaque été. Procès à Privas.
par Jean-Pierre THIBAUDAT

Anorexie. Quand ils découvrent cette relation entre leur fille et un homme beaucoup plus âgé qu'elle, les parents de Carole le vivent très mal. Ils écrivent à tous les membres de la «seconde famille» leur donnant l'ordre de cesser toute relation avec leur fille. Chacun répond. Vianney : «Vous l'empêchez de vivre.» Michèle Rabhi évoque un «père trop autoritaire et violent, une mère excessivement angoissée et possessive». Sophie leur demande d'aimer leur fille «pour ce qu'elle est, non pour ce qu'elle fait». Exit le rêve post-soixante-huitard.

Tout se dégrade. Les relations entre les parents et leur fille aînée ; la cadette qui en subit les contrecoups ; le corps de Carole : sciatique inexplicable, acné atroce, anorexie (elle perd près de 15 kilos). Et par là-dessus, fugues (où elle retrouve Vianney), avec des résultats scolaires en chute libre, elle qui était plutôt brillante. C'est pour cette dernière raison que la copine rapporte aux parents ce qu'ils ne savent pas : le viol. Carole finit par raconter. Le monde des parents s'écroule. «On est dans les conséquences destructrices de Mai 68, on s'est plantés complètement», analyse la mère aujourd'hui.

November 5, 2005

Patrons fraudeurs et tueurs fous

Le Monde Diplomatique, août 2002
Pages 4 et 5, extraits :

A l’heure du « capitalisme du mensonge » et des faillites frauduleuses géantes - Enron, WorldCom, Qwest, Tyco, Lucent, Xerox, etc. -, qui ruinent des dizaines de milliers de salariés-actionnaires et de retraités, quel rapport entre des « tueurs fous », comme Richard Durn, et des « maîtres du monde », comme (l’était) Jean-Marie Messier ? A l’instar des « patrons fous » voulant faire grossir leur entreprise jusqu’à l’explosion suicidaire, les « assassins de masse » aspirent également à fusionner avec les autres dans une étreinte démentielle et mortelle. A la fois révulsés et fascinés par ces folies meurtrières, accepterons-nous encore longtemps les dérives de ces chefs d’entreprise mégalomanes, sorte de secte-monde s’acharnant à dominer individus et ressources ?

En ces temps troublés, les dérives individuelles répondent aux emportements collectifs. Le gain forcené à visée fatale des « maîtres du monde » se reflète dans la franche criminalité des « tueurs fous », amplifiant en un miroir maudit les tendances sociétales jusqu’à la caricature sinistre. Ainsi, de plus en plus suscités par la crise culturelle où ils inscrivent leurs actes sanglants, les terribles « tueurs fous » tentent-ils d’abolir ensemble leur destinée et celle de la foule, tout comme les patrons-spéculateurs misent la fortune des peuples et se détruisent avec eux.

Chacun de ces « tueurs fous » s’attaque à un environnement à la fois aimé et haï, proche de lui et abhorré : l’armée canadienne puis le Parlement provincial, qui prend, pour Lortie, « le visage de [son] père » ; le « gang de féministes radicales » (sic) dénoncé dans la lettre-testament de Lépine ; « la mafia de Zoug » pour Leibacher. Pour Richard Durn, c’est la « mini-élite locale » en la personne de sa « maire » (seule visée « intentionnellement »). Pour Steinhauser, c’est l’ensemble des professeurs, ou encore, pour Harris et Klebold, tous les écoliers.

Le « tueur fou » est toujours impliqué dans le « tous ensemble » qu’il va agresser : comité, assemblée, Parlement, classe, institution, ville.

Violences urbaines - Impuissance et mépris

Le communiqué de la LDH

Trente ans de mépris, trois ans d’arbitraire érigé en politique, faut-il s’étonner que ce que l’on nomme avec désinvolture « les quartiers » manifestent violemment leur désespoir ?

Les incidents qui se déroulent sont le produit des politiques suivies depuis des décennies. Certes, toutes les politiques ne se valent pas ; il n’en demeure moins que ce qui est en train de se dérouler n’est que le résultat d’échecs répétés et aggravés par trois ans de répression aveugle.

Face à cette situation, les seules réponses sont celles de la provocation, de la force et de l’impuissance. Le ministre de l’Intérieur exprime avec arrogance son désintérêt pour tous ceux qui sont laissés sur le bas côté de la route. En fait de Justice et de fermeté, seul le deuxième terme trouve à s’appliquer renforçant ainsi le sentiment que ce qui importe à ce gouvernement c’est de juguler ces révoltes plutôt que d’apporter des solutions. Comme chez tout gouvernement atteint par l’impuissance, le discours d’ordre remplace la construction d’un autre avenir pour des populations qui constatent qu’elles n’en ont aucun.

S’il est effectivement intolérable que les plus pauvres d’entre nous supportent ces manifestations de violence, le gouvernement est bien malvenu de stigmatiser des populations entières au point de provoquer l’accroissement des violences qu’il dit combattre.*

C’est d’une autre politique que nous avons besoin. Il en va de notre responsabilité collective.

Paris, le 3 novembre 2005



*) sauf s'il faut un prétexte pour oeuvrer auprès voire même placer les momes de certains milieux et, par tels moyens, pouvoir détourner les fonds qui devraient profiter à cette enfance et à ces milieux.

PARIS (AFP), le 4 novembre 2005 - Les violences qui touchent depuis huit jours les banlieues pauvres de Paris illustrent l'échec du modèle social et d'intégration français à l'égard des populations d'origine africaine et maghrébine, souvent victimes de discrimination, estime vendredi la presse européenne.

"Paris brûle", la banlieue parisienne "zone de guerre", "les émeutes raciales de la rage": les médias américains évoquent depuis quelques jours parfois en termes dramatiques les violences urbaines près de Paris et relèvent l'échec de l'intégration à la française.

Les principales chaînes de télévision montrent pour leur part depuis 24 heures des images des heurts noctures entre policiers et manifestants et des voitures incendiées. "Paris brûle", annonçait ABC jeudi soir. Pour sa part, un commentateur de CNN évoquait des risques de "guerre civile" et une possible instauration d'un "couvre-feu" et d'"envoi de troupes". Un envoyé spécial de CNN soulignait "le climat de peur" régnant dans les banlieues.

Le journal espagnol de centre-gauche El Pais estime que ces violences manifestent "un conflit d'intégration" pour des populations d'origine africaine et maghrébine, souvent victimes de "discrimination institutionnalisée".

Pour le quotidien libéral El Mundo, "les inégalités et le manque d'intégration" favorisent la violence, mais "un Etat ne peut tolérer les attaques de vandalisme de ces groupes (...) organisés comme une guérilla urbaine".

"La tradition en France d'insister sans compromis sur l'identité française a rendu la vie difficile aux minorités; bien qu'elles aient en théorie les mêmes droits que les autres citoyens (...), elles souffrent en pratique d'une discrimination non officielle face à l'emploi et au logement", renchérit le journal britannique conservateur The Times.

"Les émeutes de Paris ont porté atteinte à la tolérance et à l'harmonie sociale, mais aussi à l'establishment politique français" et notamment au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, accusé d'avoir attisé le feu avec des propos provocants, ajoute le journal.

Pour le quotidien économique néerlandais Het Financieele Dagblad, les banlieues françaises sont "des volcans qui entrent en éruption à peu près tous les dix ans".

En Italie, le journal économique Il Sole-24 Ore compare la situation française avec celle de Los Angeles (Etats-Unis) où "la réhabilitation des ghettos reste une promesse", et celle de Londres où "après beaucoup de tensions, l'intégration est en voie d'amélioration".

Pour le quotidien finlandais Hufvudstadsbladet, ces troubles ne sont pas le fait "de jeunes isolés" mais un "cri d'alerte de toute une génération d'enfants de l'immigration que la société française n'a pas intégrés". "Quelle aubaine pour le terrorisme!", conclut l'éditorial du journal, qui titre: "Une vie sans avenir conduit aux troubles".

Dans la même veine, le quotidien tchèque Dnes estime que ces événements "s'inscrivent sans nul doute dans le grand thème 'Où les musulmans de l'Europe se dirigent-ils?', qui ne cesse de fasciner et d'inquiéter".

"Les conséquences (des violences) risquent d'être catastrophiques pour la France car chacun de ces jours de guerre jette de l'huile sur le feu des relations déjà tendues avec la société majoritaire", relève Dnes.

Le quotidien genevois Le Temps note, lui, que cette situation "est le fruit d'un long pourrissement dans lequel tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont une part de responsabilité" en France.

Ces émeutes ont en outre "caillassé" autant les ambitions de Nicolas Sarkozy, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2007, que celles du Premier ministre Dominique de Villepin, selon le journal suisse.

"Nous pouvons voir comment on aboutit à l'escalade d'un conflit en répondant à la violence par la force", dit l'experte danoise Susanne Branner Jespersen, du Centre de recherches sur la jeunesse au quotidien danois Berlingske Tidende (conservateur).

"Le gouvernement français a raison de dire que la ligne dure n'est pas suffisante", commente un éditorial du quotidien de référence suédois Dagens Nyeter. Mais "malheureusement le gouvernement français (...) a du mal à voir que la solution à long terme est une économie plus libre qui peut donner plus de croissance" et donc plus d'emploi.

Pour le quotidien autrichien Der Standard (centre-gauche), "les autres pays européens doivent prendre au sérieux la leçon française et s'efforcer au maximum d'intégrer les immigrés, pour ne pas apporter d'eau au moulin des leaders populistes et surtout maintenir la cohésion pacifique de la société".



PARIS (AP), le 5 novembre 2005 - La neuvième nuit de violences urbaines en banlieue parisienne ainsi que dans plusieurs villes de province a entraîné la destruction de près de 900 véhicules, tandis que plus de 250 personnes étaient interpellées dans toute la France, selon le bilan du ministère de l'Intérieur.

Le chiffre de 258 interpellations (258) a été donné par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, au sortir d'un conseil restreint présidé par le chef du gouvernement, Dominique de Villepin. AP

November 4, 2005

« Il faut retrouver le sens des mots »

PARIS (AP), le 3 novembre 2005 - "Je ne comprends pas cette polémique", a déclaré jeudi soir Nicolas Sarkozy au sujet de la tempête déclenchée par ses propos lors de visites en banlieue parisienne.

"Ce qui est extraordinaire, c'est de se préoccuper des mots et pas des maux", a déclaré le ministre de l'Intérieur sur i-télé. "Ça fait trop longtemps que les hommes politiques ne décrivent pas avec les mots les vraies situations, qu'il y a un décalage entre la vie virtuelle et la vie réelle".

Pour Nicolas Sarkozy, "il faut retrouver le sens des mots, retrouver la volonté du débat d'idées et assumer ses choix". "Je suis quelqu'un d'authentique", a-t-il assuré, "je dis ce que je pense, je pense ce que je dis et je fais ce que je dis". AP

Le Monde, le 3 novembre 2005

Selon les premiers résultats de l'enquête administrative rendus publics, jeudi 3 novembre, un policier avait prévenu ses collègues par radio du risque que deux adolescents qu'il venait d'apercevoir trouvent refuge dans le transformateur EDF où Zyed et Bouna sont morts électrocutés, le 27 octobre, à Clichy-sous-Bois.

"DEUX INDIVIDUS EN TRAIN D'ENJAMBER UN MUR"

Aussitôt ces éléments connus, mercredi soir, l'Inspection générale des services (IGS) a recommencé à interroger les policiers ayant participé à l'opération. Le ministère de l'intérieur, précisant avoir souhaité la publicité de l'enquête administrative "par souci de transparence", a refusé de commenter plus avant ce rapport, se limitant à préciser qu'en l'état actuel des investigations,"aucune sanction n'avait été prise" contre les policiers.

November 3, 2005

Tolérance zéro

Libération, le 19 juillet 2005
Tolérance zéro sans limite d'âge en Californie
Par Emmanuelle RICHARD, extraits :

En voyant débouler trois voitures de police et un hélicoptère, un quartier défavorisé de Fresno, dans la vallée agricole de Californie, a cru à une opération antigang. Au lieu de cela, la police est repartie avec une fillette hispanique joufflue, âgée de 11 ans.

Menottée, visiblement apeurée, elle était arrêtée pour avoir lancé une pierre sur un voisin de 9 ans qui l'attaquait à coups de bombe à eau.

Aujourd'hui, près de trois mois après l'incident, la jeune Maribel Cuevas se retrouve inculpée d'attaque avec une arme mortelle : un crime sérieux qui conduit à un jugement au pénal.

L'affaire est en passe de devenir le symbole des excès de la tolérance zéro des autorités américaines.

Los Angeles correspondance.


PARIS (AFP) 3 novembre 2005 - Le gouvernement français apparaissait jeudi impuissant à mettre un terme à la flambée de violences sans précédent ces dernières années dans des banlieues pauvres et à forte population d'origine immigrée près de Paris, théâtres d'une septième nuit d'émeutes.

Le Premier ministre Dominique de Villepin a réuni jeudi matin ses principaux ministres, dont celui de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, et des maires de villes "sensibles" autour de la capitale.

Les appels à "l'apaisement", lancés mercredi par le président Jacques Chirac et les efforts des responsables locaux, notamment des éducateurs souvent d'origine immigrée, surnommés "les grands frères", pour ramener le calme sont tombés dans le vide dans plusieurs cités déshéritées.

Des quartiers, situés à dix minutes en métro de Paris, qui comptent parmi les plus pauvres de France, là où le chômage et l'échec scolaire ont explosé, et où les jeunes Français, originaires pour beaucoup du Maghreb et d'Afrique, se sentent exclus, se sont de nouveau embrasés dans la nuit de mercredi à jeudi.

Des groupes de jeunes gens cagoulés, armés de pavés et de cocktails molotov ont affronté les policiers anti-émeutes notamment dans le département de Seine-Saint-Denis (nord de Paris).

Dans ce seul département, les émeutiers ont incendié 177 véhicules. Signe d'une escalade, la police a recensé quatre tirs à balles réelles, qui n'ont pas fait de blessés, contre la police et les pompiers.

Neuf personnes ont été blessées, dont un pompier brûlé au deuxième degré au visage par un cocktail Molotov.

Une concession automobile Renault a été incendiée, de même que deux écoles primaires, un gymnase, et des émeutiers ont aussi saccagé un poste de police, qui était fermé, et attaqué des commerces.

Selon la police, des jeunes âgés de seulement 10 à 12 ans ont été aperçus dans les rues lors de ces violences.

La situation était en revanche redevenue plus calme dans la ville de Clichy-sous-Bois, "berceau" de ces émeutes.

Les violences avaient démarré le 27 octobre après la mort accidentelle de deux jeunes de 15 et 17 ans, qui s'étaient réfugiés dans un transformateur électrique croyant être poursuivis par la police, à tort selon les autorités.

Les familles de Zyed Benna et Bouna Traore, d'origine tunisienne et malienne, ont porté plainte contre X pour non assistance à personne en danger.

Le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo a prôné jeudi "la fermeté" mais estimé que les autorités devaient aussi avoir "la main tendue".

Mais des jeunes ont promis de poursuivre la "guerre" contre la police.

"Cela va peut-être leur faire comprendre, aux gens du gouvernement", a lancé un jeune de 23 ans durant la nuit. "C'est que le début", dit un autre, "ça va continuer jusqu'à ce que Sarkozy démissionne!"

Le ministre de l'Intérieur, président du parti majoritaire UMP et candidat déclaré à la présidentielle de 2007, apparaissait isolé par les critiques, y compris venant de son propre camp, qui l'accusent d'avoir jeté de l'huile sur le feu par ses déclarations martiales contre la "racaille" de banlieue.

En visite privée à Paris, le président du Sénégal Abdoulaye Wade a déclaré qu'il fallait "casser les ghettos et intégrer les Africains qui demandent à être intégrés".

Des sociologues ont en effet jugé que ces émeutes témoignaient plus globalement de l'échec depuis 25 ans des différentes politiques de la ville et des "ratés" de l'intégration.

Les gouvernement successifs ont laissé se former des banlieues-ghettos -la France compte 750 zones urbaines "sensibles"- où les jeunes Français souvent d'origine immigrée sont exclus du marché de l'emploi, et perçoivent tout ce qui est extérieur à la "cité" -police, pompiers, services de l'Etat- comme des "ennemis".


Voir également :

Punir les pauvres par Loïc Wacquant

A propos de Punir les pauvres, une critique de Champ Pénal

Monde diplomatique de février 2001
Dossier : "L'obsession sécuritaire"
Envahissants experts de la tolérance zéro

VINGT ans de politique de la ville, élaborée sur fond de décentralisation au rythme des échéances électorales, ont accouché d’une nouvelle figure : l’expert en sécurité. Depuis le retour de la gauche au pouvoir en 1997, une poignée de ces experts multiplient les interventions médiatiques et disséminent leurs idées dans un nombre croissant d’instances et d’ouvrages. Naguère inconnus du public, ils s’imposent comme les analystes des « désordres urbains » et éclipsent les « spécialistes des banlieues » promus dans les années 1980. Ces derniers tentaient d’analyser un problème politique, économique et social, dont il fallait chercher les causes avant d’y remédier.

L’« expert » balaye les causes et propose une approche gestionnaire des effets : à la question de la situation économique et sociale des quartiers populaires, il substitue celle de la « lutte contre la violence urbaine ».

November 2, 2005

Gadgets, populisme et arbitraire


Le Monde, le 1er novembre 2005
Azouz Begag sous le feu des critiques

Les propos du ministre délégué ont fait vivement réagir les proches de Nicolas Sarkozy. Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse, a affirmé qu'Azouz Begag, "a perdu une bonne occasion de se taire" en critiquant Nicolas Sarkozy. Selon lui, les propos du ministre sont "un peu une condamnation du travail de la police".

Alain Marleix, député du Cantal, est allé plus loin , exigeant la démission de M. Begag. "J'ai été très choqué par le comportement" de M. Begag, a déclaré M. Marleix, par ailleurs secrétaire national UMP aux élections. "Dans pareille circonstance, la solidarité gouvernementale est une exigence minimale", a déclaré M. Marleix. "M. Begag a besoin d'exister, il a un ministère gadget et doit montrer qu'il a une utilité", a poursuivi le député. "Mais ça ne doit pas se faire au prix d'un manquement grave à la solidarité gouvernementale".

Communiqué de la LDH du 28 septembre 2005

Garde des Sceaux ou Garde des commodités ? État de droit ou État de police ?

Qu’est devenue la République pour qu’un ministre de la Justice s’autorise à enjoindre aux parlementaires de violer la Constitution ?

Monsieur Clément, que l’on croyait « ministre du droit », annonce un projet de loi comportant l’institution d’une peine – ou plus exactement d’une mesure de sûreté, mais le problème reste le même – … rétroactive. Ainsi, à seule fin de se poser en protecteur des victimes d’infractions sexuelles, le gouvernement revendique-t-il la violation délibérée de l’article 8 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et invite à ne pas saisir le Conseil constitutionnel de cet excès de pouvoir sans précédent depuis le régime de Vichy.

Bien entendu, l’argument de la protection des victimes n’est que faux-semblant cynique : ce même gouvernement a drastiquement réduit les moyens financiers du suivi socio-judiciaire seul efficace en la matière.

Gadgets, populisme et arbitraire : telle semble être la devise des gouvernants actuels. La Ligue des droits de l’Homme veut croire qu’il se trouvera encore au moins soixante parlementaires pour avoir le courage de ne pas se rendre complices de cette forfaiture. Elle appelle les élus de la République à prendre leurs responsabilités.

PARIS (AP), le 1er novembre 2005 - Le député UMP du Cantal Alain Marleix a demandé mardi la démission du ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, qu'il accuse de s'être désolidarisé du gouvernement en critiquant les propos employés par Nicolas Sarkozy lors de ses visites en banlieue parisienne.

"Quand on n'est pas d'accord dans un gouvernement et qu'on s'en désolidarise, et bien on démissionne, c'est la logique même des institutions de la Ve République", a affirmé M. Marleix sur France-Inter. "Il faut qu'il aille jusqu'au bout de cette logique, me semble-t-il. C'est mon point de vue."

Le député du Cantal, proche de Nicolas Sarkozy, s'est déclaré "choqué, comme beaucoup de Français, par le comportement et par la réaction à tous ces tristes événements du week-end de M. Azouz Begag".

"Nous avons un ministre de l'Intérieur qui mène une politique courageuse, lucide, donc je trouve que l'attitude de M. Azouz Begag de se désolidariser du ministre d'Etat (Nicolas Sarkozy) dans des moyens pareils n'est pas une bonne attitude", a-t-il expliqué. "Quand on appartient à un gouvernement, la moindre des choses dans les périodes difficiles c'est l'obligation de solidarité gouvernementale. C'est pour ça que j'ai demandé sa démission."

Azouz Begag a critiqué mardi Nicolas Sarkozy, estimant que les mots "racaille" et "Kärcher" employés par le ministre de l'Intérieur lors de ses visites en banlieue parisienne s'apparentaient à une "sémantique guerrière". AP


PARIS (AP), le 2 novembre 2005, extrait - L'occasion, pour le chef de l'Etat, de fixer la feuille de route du gouvernement. Il a ainsi demandé qu'un bilan soit dressé d'ici un mois des mesures déjà prises dans le cadre des plans Borloo de cohésion sociale et de rénovation urbaine pour "accélérer et renforcer leur efficacité". Il a également confié à Dominique de Villepin la préparation du plan de prévention de la délinquance, dont M. Sarkozy avait initialement été chargé pour courant décembre.

En réponse, le Premier ministre s'est engagé à oeuvrer pour "l'égalité des chances" et a annoncé un "plan d'action" pour l'emploi des jeunes en Seine-Saint-Denis et l'éducation "avant la fin du mois de novembre". Il a précisé que le plan de prévention serait préparé sous sa "coordination" dans "les prochaines semaines".

Pour Dominique de Villepin, il s'agissait de rectifier le tir après l'impression de flottement des derniers jours. Jusqu'à mardi, Nicolas Sarkozy s'est en effet retrouvé seul en première ligne.


PARIS (AP), le 2 novembre 2005, extrait - "Il ne peut pas y avoir, il n'y aura pas de zone de non-droit en France", a-t-il - Villepin - ajouté. A cet égard, il a rappelé que le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy "a pris les mesures nécessaires". "Je sais que je peux compter sur lui", a-t-il dit.

November 1, 2005

Azouz Begag conteste

"Il faut que les esprits s'apaisent. Il faut que la loi s'applique fermement et dans un esprit de dialogue et de respect", a déclaré Jacques Chirac, mercredi 2 novembre en Conseil des ministres.
Le Monde, le 2 novembre 2005


Libération, le 1er novembre 2005
REPORTAGE «C'est la présence des flics qui nous énerve»
Par Gilles WALLON

Lundi vers minuit, à Clichy-sous-Bois, autour de la mosquée Bilal. Là où, la veille, une grenade a relancé les hostilités, il ya ce soir une quarantaine de CRS. Ils coupent l'avenue liant Clichy à Montfermeil. Quelques jeunes sont là, quatre ou cinq. Ils grondent, toisent les CRS, leur lancent des regards noirs, mais ne font rien. Plus tôt, un cocktail Molotov a pourtant été jeté sur les policiers.
Pour l'instant, la rumeur court. « Parmi les CRS, là en face de nous, il y a une petite blonde. C'est elle qui a lancé la grenade sur la mosquée », assure Aziz, la trentaine, un bonnet enfoncé sur les oreilles. Les autres ne l'écoutent pas. « C'est la présence des flics qui nous énerve, c'est de la provocation. », enrage Stéphane sous sa capuche noire. « Ça ne fait que stigmatiser encore plus le quartier. Comme toujours, on ne parle de nous que quand ça va mal. » Plus tôt dans la journée, trois jeunes ont été condamnés à deux mois de prison ferme, pour avoir lancé des pierres et des bouteilles sur les policiers. « Ici, on pense tous qu'ils ont été pris pour faire un exemple, poursuit Stéphane. On continue de nous enfermer, sans preuves. »


Le Monde, le 1er novembre 2005
Azouz Begag sous le feu des critiques

Les propos du ministre délégué ont fait vivement réagir les proches de Nicolas Sarkozy. Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse, a affirmé qu'Azouz Begag, "a perdu une bonne occasion de se taire" en critiquant Nicolas Sarkozy. Selon lui, les propos du ministre sont "un peu une condamnation du travail de la police".

Alain Marleix, député du Cantal, est allé plus loin , exigeant la démission de M. Begag. "J'ai été très choqué par le comportement" de M. Begag, a déclaré M. Marleix, par ailleurs secrétaire national UMP aux élections. "Dans pareille circonstance, la solidarité gouvernementale est une exigence minimale", a déclaré M. Marleix. "M. Begag a besoin d'exister, il a un ministère gadget et doit montrer qu'il a une utilité", a poursuivi le député. "Mais ça ne doit pas se faire au prix d'un manquement grave à la solidarité gouvernementale".

PARIS (AP), le 1er novembre 2005 - Après plusieurs nuits de violences à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) consécutives à la mort par électrocution de deux adolescents, Azouz Begag critique les propos du ministre de l'Intérieur sur les banlieues mais entend faire aussi son "mea culpa".

Dans une interview publiée mardi par "Libération", le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances "conteste cette méthode de se laisser déborder par une sémantique guerrière, imprécise", en réaction aux termes "voyous et racaille" utilisés par Nicolas Sarkozy à Argenteuil (Val-d'Oise) la semaine dernière.

"Je regrette de ne pas être associé (au ministre de l'Intérieur) quand il y a un dialogue difficile avec des jeunes. A chaque fois que mon collègue (Nicolas Sarkozy, ndlr) intervient en banlieue même quand il s'agit d'égalité des chances, je ne suis jamais contacté. Quand on nomme un préfet musulman, quand on dit vouloir donner le droit de vote aux étrangers et qu'on envoie des CRS contre les jeunes de banlieue, il y a un décalage", souligne Azouz Begag.

Par ailleurs dans une autre interview au "Parisien-Aujourd'hui en France", Azouz Begag tient à faire son "mea culpa": "Ca fait cinq mois que je suis au gouvernement et je n'ai pas été assez incisif. J'ai été trop faible. A moi de faire le tour des ministères pour discuter avec mes collègues et leur expliquer ce qui se passe réellement dans ces quartiers où l'on souffre. A moi d'aller voir Sarkozy pour qu'on trouve des solutions ensemble, qu'on répare les malentendus, qu'on apaise les tensions".

"Il faut certes tenir un langage de la fermeté, pour le rétablissement de l'ordre. Mais c'est en luttant contre les discriminations dont sont victimes les jeunes qu'on rétablira l'ordre, l'ordre de l'égalité. Pas en amenant plus de CRS", insiste le ministre dans "Libération".

Pour autant, Azouz Begag dénie à la gauche le droit de critiquer l'action du gouvernement: "La gauche n'a rien à dire, quand on voit la manière dont elle nous (les enfants d'immigrés, ndlr) a éloignés de la représentation politique. Aujourd'hui profiter de la mort ces deux jeunes pour se refaire une virginité politique sur la question des banlieues, c'est un scandale".

"Le PS n'a rien à dire sur la question des banlieues", ajoute Azouz Begag dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France": "Elle est où la France black-blanc-beur que les socialistes nous promettaient. Nulle part. De Mitterrand à Jospin, cela n'a été qu'un grand bla-bla saupoudré d'un peu de SOS-Racisme. Et nous payons aujourd'hui ces vingt ans d'inaction". AP

PARIS (AFP), le 1er novembre 2005 - Ministre hors norme grandi dans un bidonville, Azouz Begag, resté jusqu'ici dans l'ombre, a fait entendre sa différence dans le dossier brûlant des banlieues, avec des critiques contre la "sémantique" du ministre de l'Intérieur qui ont suscité mardi la colère des sarkozystes.

Ses propos ont résonné d'autant plus fort que le président de la République et le Premier ministre étaient restés jusqu'à mardi en fin d'après-midi silencieux sur la crise de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Azouz Begag, sociologue d'origine algérienne, natif de Lyon, promu en juin par Dominique de Villepin ministre délégué à la Promotion de l'égalité des Chances - un intitulé inédit - a pris la parole à plusieurs reprises depuis le déclenchement de ces événements pour regretter le vocabulaire de Nicolas Sarkozy.

Dimanche, il jugeait impropre de "dire aux jeunes qu'ils sont des racailles". "Il ne faut pas dire aux jeunes qu'on va leur rentrer dedans et qu'on va leur envoyer la police. Il faut y aller avec une volonté d'apaiser", avait-il déclaré à France 2.

Le mot "racaille" a été utilisé par le ministre de l'Intérieur lorsqu'il s'était rendu la semaine dernière dans le Val-d'Oise pour vérifier un dispositif contre les violences urbaines.

Azouz Begag est revenu à la charge dans deux interviews mardi.

Au Parisien-Aujourd'hui en France, il livrait des recommandations : quand on parle avec des pauvres, "il faut toujours choisir ses mots".

Interrogé par Libération sur les formules de son collègue à l'Intérieur, ("racaille", mais aussi "Kärcher"), il a marqué une désapprobation plus vive, dénonçant une "sémantique guerrière, imprécise". "Il faut cesser d'aller avec caméras et journalistes dans ces zones de pauvreté et de susceptibilité", a-t-il demandé.

De plus, il a déploré ne jamais avoir été "contacté" par Nicolas Sarkozy pour des déplacements en banlieue. "J'en suis surpris, alors que je suis l'un des rares au gouvernement à être légitimé par 25 ans d'expérience et de travail sur ces quartiers".

Des propos qui ne pouvaient manquer de susciter l'ire des amis du ministre de l'Intérieur. Begag "a perdu une bonne occasion de se taire", selon Thierry Mariani (UMP, Vaucluse). "Il a manqué à la nécessaire solidarité gouvernementale", a dénoncé Alain Marleix (UMP, Cantal), réclamant carrément la démission du ministre délégué.

Interrogé par l'AFP sur cette demande, Brice Hortefeux, bras droit de M. Sarkozy, a glissé : "je peux comprendre l'exaspération d'Alain Marleix, car notre pays a besoin d'unité et le gouvernement de cohésion, même si je ne partage pas toutes ses conclusions".

Yves Jégo (UMP, Seine-et-Marne) a souhaité que Dominique de Villepin rappelle Azouz Begag à l'ordre. Pierre Cardo (UMP, Yvelines) lui a demandé de "remettre l'église au milieu du village".

Pour un sarkoziste qui a requis l'anonymat, si le ministre délégué a tant parlé, c'est "qu'il en a, au minimum, reçu le feu vert".

"Je ne crois pas au caractère spontané d'Azouz Begag", a fait valoir cette source : "voilà un type qu'on n'a pas entendu pendant cinq mois, et brusquement il est partout".

"Une déclaration, ça peut être spontané et normal. Mais quand on donne des interviews dans tous les sens, surtout pour un ministre sans assise politique, ça ne peut être qu'après un feu vert" (sous-entendu : du Premier ministre).

Avant d'entrer au gouvernement, M. Begag s'était vu confier une mission sur l'égalité des chances par M. de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, qui, deux mois avant, lui avait remis la légion d'honneur.

PARIS (Reuters), le 1er novembre 2005 - Nicolas Sarkozy, qui continue de prôner la fermeté dans les quartiers sensibles, apparaît isolé au sein du gouvernement face au feu nourri des critiques de la gauche.

Le ministre de l'Intérieur a été reçu à Matignon par Dominique de Villepin pendant une heure lundi en fin d'après-midi pour "faire le point" sur la situation en Seine-Saint-Denis, où des émeutes ont éclaté après la mort accidentelle de deux jeunes, électrocutés jeudi dans un transformateur EDF après une course-poursuite avec la police.

Mais le chef du gouvernement ne s'est pas exprimé sur l'affrontement entre son numéro deux et les jeunes de Clichy-sous-Bois, parmi lesquels Siyakah Traore, le frère de l'un des jeunes décédés, qui a refusé de rencontrer Nicolas Sarkozy, le taxant d'"incompétence", et a demandé à être reçu à Matignon.

Et c'est un proche du Premier ministre, Azouz Begag, ministre de la promotion de l'égalité des chances, qui s'est exprimé pour "contester" la méthode de son collègue de l'Intérieur, qui se laisse à ses yeux "déborder par une sémantique guerrière imprécise".

"Quand on nomme un préfet musulman, quand on dit vouloir donner le droit de vote aux étrangers et qu'on envoie des CRS contre les jeunes de banlieues, il y a un décalage. Il faut certes tenir un langage de la fermeté, pour le rétablissement de l'ordre. Mais c'est en luttant contre les discriminations dont sont victimes les jeunes qu'on rétablira l'ordre, l'ordre de l'égalité. Pas en amenant plus de CRS", souligne-t-il dans une interview à Libération publiée mardi.

Fin juin, Nicolas Sarkozy avait déjà suscité la polémique en affirmant son intention de "nettoyer au Karcher" la cité des 4.000 à La Courneuve, également en Seine-Saint-Denis.

Dominique de Villepin n'avait alors pas condamné les propos du ministre de l'Intérieur mais s'était démarqué en douceur de la méthode de son rival désigné dans la perspective de l'élection présidentielle de 2007.

"MENACES ET PROMESSES"

"Ce qui me choque, c'est de ne rien faire", avait-il dit, sur France 3, avant d'ajouter: " Chacun aborde ces questions avec sa sensibilité. Je suis un républicain convaincu, je crois au respect de la règle. Vous le voyez bien dans ce gouvernement, (...) il y a des sensibilités différentes. Ces sensibilités font la richesse de ce gouvernement et j'assure la direction, la cohérence de l'ensemble et je le fais dans l'esprit de la République".

Mardi matin, le député-maire UMP de Montereau (Seine-et-Marne) Yves Jégo, un proche de Nicolas Sarkozy, a apporté son soutien au ministre de l'Intérieur, jugeant qu'il ne lui appartenait pas de répondre au malaise des banlieues.

"Ce qui manque sans doute aujourd'hui, c'est peut-être la partie intégration, (...) mais ce n'est pas la compétence du ministre de l'Intérieur que de s'avancer sur ces sujets", a-t-il expliqué sur France-Info, appelant à "un grand plan Borloo pour l'intégration".

La gauche s'est emparée de ce dossier des violences urbaines pour faire le procès de la politique de sécurité menée depuis la réélection de Jacques Chirac en 2002.

Pour le porte-parole du Parti socialiste, Julien Dray, l'un des fondateurs de SOS-Racisme, "Sarkozy confond la fermeté réelle avec la fermeté télévisuelle". "Nous sommes au coeur d'une communication spectacle, où l'on préfère l'effet d'annonce au travail sérieux et patient", a-t-il dit dans Le Parisien.

Pour la secrétaire nationale du Parti communiste, Marie-George Buffet, invitée de France Inter, les habitants de la Seine-Saint-Denis "en ont assez de voir le ministre de l'Intérieur qui arrive, qui repart après avoir proféré des menaces ou des promesses".

Pour l'ancien ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, Nicolas Sarkozy "a manqué de sang-froid et n'a pas mesuré ses propos à plusieurs reprises".

Le président d'honneur du MRC a dénoncé sur France Inter l'"abandon" de la "police de proximité" mise en place "de 1998 à 2000". Il a appelé à "renforcer les unités territorialisées, redonner de la chair à cette action de terrain" et à "ne pas croire qu'on va résoudre les problèmes en faisant intervenir les BAC, CRS et escadrons de gendarmerie mobile".

Mais l'ancien ministre de Lionel Jospin a reconnu que "le ministre de l'Intérieur ne peut pas faire tout ça: faire reculer le chômage, enrayer la ghettoïsation, l'ethnisation des rapports sociaux". "C'est une politique d'ensemble du gouvernement tout entier", a-t-il souligné.

Libération, le 1er novembre 2005
Hollande : «Tolérance zéro pour Sarkozy !»
par RD et PQ

Interrogé par Libération sur les violences de Clichy-sous-Bois, François Hollande a répondu : «Non seulement la politique de Nicolas Sarkozy est dure à l'égard des plus faibles et outrageante à l'égard des quartiers, mais en plus, elle ne marche pas ! Jamais les violences aux personnes n'ont atteint un tel niveau (+3,5% depuis le début de l'année). Je ne nie pas la difficulté de l'action en la matière et je refuse la polémique simpliste. Mais depuis trois ans et demi, Sarkozy et Chirac ont multiplié les législations de circonstances et les effets d'annonce sans résultat probant ! Aurais-je la cruauté de rappeler les propos du Président, le 14 juillet 2001 : il dénonçait un “manque d'autorité de l'Etat”, il s'affolait d'une “déferlante de l'insécurité”. Et où est-il, Jacques Chirac, aujourd'hui ? Quelqu'un a-t-il entendu le son de sa voix après les très graves événements de Clichy ? Ou l'odieux assassinat d'Epinay. Sarkozy, de son côté, prône la “tolérance zéro”. Et bien, “tolérance zéro” pour Sarkozy ! “Tolérance zéro” pour les provocations verbales, la disparition de la police de proximité, l'absence de toute politique de prévention. En fait, le président de l'UMP n'est plus obnubilé que par sa candidature. Il n'est plus ministre de l'Intérieur, il est ministre de lui-même. Tous les mots sont prétextes à médiatisation. Les uns pour durcir jusqu'à l'extrême, les autres pour amadouer jusqu'à l'ambiguïté. Il parle ainsi de “discrimination positive”, mais stigmatise les jeunes des cités.

October 28, 2005

La quarantaine pour un ressortissant étranger

NANCY (AFP), 28 octobre 2005 - Un chat américain qui a voyagé plus de trois semaines en bateau enfermé dans un conteneur retrouvera ses maîtres aux Etats-Unis, dans le Wisconsin, grâce aux employées d'une entreprise de la région de Nancy qui l'ont découvert.

Emily, chatte tigrée de type européen âgée d'environ un an, a été trouvée mardi par les employées de l'entreprise Raflatac SAS, fabricant d'étiquettes adhésives à Pompey, près de Nancy, en ouvrant un conteneur de papiers scellé, en provenance d'Appleton, dans le Wisconsin.

"On était étonnées que le chat ait pu survivre si longtemps sans eau, sans nourriture", ont indiqué vendredi les employées qui supposent que l'animal a dû suivre une souris et se laisser enfermer dans un conteneur en partance pour l'Europe.

Le félin "affamé, amaigri mais en pleine forme" portait un collier avec un numéro d'identification et le numéro de téléphone de son vétérinaire aux Etats-Unis, ce qui a permis de contacter ses propriétaires, à Appleton.

"Ils étaient fous de joie. Ils croyaient l'avoir perdu après une absence de près d'un mois", a raconté à l'AFP Joëlle de Becker, une des employées qui a découvert l'animal. C'est sa collègue, en charge de l'export dans la société et à l'aise en anglais, qui s'est chargée de contacter les propriétaires.

"Moi, je me suis occupée des relations avec la fourrière et les services vétérinaires", a fièrement expliqué Melle de Becker.

Car le cas d'un chat débarqué sans identité sur le sol français n'est pas simple, a confirmé la directrice départementale des services vétérinaires Régine Marchal. "Il est devenu Français de fait et on ne peut pas le refouler vers les Etats-Unis sans vérification", a-t-elle expliqué.

"Il aurait dû être euthanasié sur le champ mais la fourrière a plaidé notre cause auprès des services vétérinaires et si un rapatriement n'avait pas été possible, nous l'aurions adopté", a assuré l'employée de Raflatac.

Pour l'instant, le chat a été placé à la fourrière animale de Nancy où il doit rester en quarantaine "au moins trente jours", a indiqué le responsable du refuge Jean-Pierre Burger.

"C'est une très belle histoire. Nous sommes en train d'activer les réseaux pour faire en sorte que l'animal soit accueilli sans souci par les autorités américaines", a-t-il précisé.

La famille américaine a envoyé une photo de leur chatte avec leur fils ainsi que tout son dossier médical car l'animal était à jour de ses vaccins. Ces papiers sont en cours de vérification par les services vétérinaires, a-t-on précisé à la préfecture de Meurthe-et-Moselle.

"Il faut maintenant voir si le chat pourra rentrer seul ou devra être accompagné, et qui va payer le billet d'avion", a indiqué l'employée de Raflatac. "Avec des collègues, nous sommes prêtes à cotiser pour qu'il retrouve ses maîtres", a-t-elle assuré.

Evolution de la dette publique

Le Figaro, le 28 octobre 2005
L'Etat vit à crédit à partir d'aujourd'hui

Budget Jusqu'à la fin de l'année, notre administration dépensera chaque jour 790 millions d'euros qu'elle n'a pas. Le président de la commission des finances du Sénat demande une baisse des dépenses.

Par Anne Rovan, Extarit :

790 millions par jour en moyenne, soit au total 46,8 milliards d'euros d'ici à la fin de l'année. Soixante jours à découvert, c'est un peu plus qu'en 2004. Grâce à des rentrées fiscales plus importantes que prévu, l'Etat avait alors vécu à crédit pendant «seulement» 56 jours. En 2003, il avait enfoncé un record, avec 74 jours.

Et ça fait vingt-cinq ans que ça dure.

... Elle - la dette publique française - représente actuellement 1100 milliards d'euros – 66% de la richesse produite en un an –, et le paiement des seuls intérêts de la dette de l'Etat absorbe près de 40 milliards d'euros chaque année, l'équivalent de 15% du budget.

Les montants en jeu sont tellement énormes que c'est à peine si l'on peut en mesurer l'ampleur. Et ces 1100 milliards d'euros ne sont qu'un minimum. Dans un rapport récent, le sénateur UMP Paul Girod pointe les dettes fantômes, c'est-à-dire celles que l'on rembourse chaque année mais qui ne sont inscrites dans aucun compte. C'est le cas de la dette portée par le service annexe d'amortissement de la dette (Saad) gérée par la SNCF qui n'apparaît ni dans les comptes de la SNCF ni dans ceux de l'Etat, alors même que cette dette se monte à... 9 milliards d'euros.

October 27, 2005

Absentéisme scolaire, orientation et manque de moyens

Libération, 26 octobre 2005
L'absentéisme scolaire en procès
A Orléans, les enfants séchaient les cours ; les parents ont été convoqués par la justice, hier.
par Mourad GUICHARD, extrait :

L'absentéisme scolaire passe désormais au tribunal. Jusqu'à janvier 2004, il pouvait être puni d'une suspension des allocations familiales. Depuis le décret du 18 février 2004 (1), les parents d'enfants de moins de 16 ans encourent une amende pouvant atteindre 750 euros, l'absentéisme étant considéré comme une infraction de 4e catégorie. Les premières affaires commencent à arriver. Hier, deux familles, sur la cinquantaine de dossiers en cours d'instruction dans le Loiret, étaient jugées devant le tribunal de police d'Orléans. Aucun des parents prévenus ne s'y est présenté.

Aboutissement logique, selon le président du tribunal Pierre Griselin, d'un «abandon total de responsabilité parentale». «La jeune fille a eu un parcours scolaire haché, dit-il en évoquant la première affaire. Jusqu'à ne plus venir du tout à la veille de ses seize ans.» Dans le second cas, le père du jeune Grégory possède un casier judiciaire lourd de six pages que le président Griselin égrène : délits de fuite à répétition, usage, transport et cession de stupéfiants, menace avec arme, falsification de documents administratifs... Et se tournant vers le ministère public, il pose cette question : «J'écoute vos réquisitions, mais à ce stade, une amende pourra-t-elle être un remède efficace ?» Le père n'en sera pas moins condamné à 300 euros d'amende.

Concertation. Cela fera-t-il revenir son fils à l'école ? «On se trompe de remède, commente Martine Rico, représentante de l'association de parents d'élèves FCPE du Loiret. L'absentéisme peut simplement provenir d'une mauvaise orientation scolaire ; on en revient alors au manque de moyens dégagés par l'institution éducative pour répondre à l'attente des élèves.»

Drame au mess des officiers

Libération, jeudi 27 octobre 2005
par Mourad GUICHARD

Drame au mess des officiers de la base aérienne de Bricy (Loiret) : mus par la vengeance, trois subalternes affectés au service des officiers attablés non loin se sont rendus coupables de « violences volontaires n'ayant entraîné aucune interruption totale de travail ».

Leur crime ? Avoir, le 2 février, craché, léché et éternué sur une crêpe destinée à l'un de leurs supérieurs. Ces trois militaires, déjà suspendus vingt jours par l'autorité militaire, comparaissaient mardi devant le tribunal de police d'Orléans.

« C'est une blague de mauvais goût », a admis l'un d'eux. Après avoir prononcé la relaxe, le président du tribunal leur a demandé « d'offrir [leurs] services aux Restaurants du coeur, histoire de redorer le blason de l'armée. Rompez ! ».

Pas assez rapide

[...] Un récent sondage (1) apprend que 60 % des Français ont plutôt une mauvaise opinion du fonctionnement de la justice. Autre donnée, 89 % d’entre eux jugent qu’elle n’est pas assez rapide. Ce que partage l’USM qui soulève le manque cruel de fonctionnaires dans les juridictions. " La machine judiciaire tourne à vide avec des jugements non dactylographiés, des audiences sans greffiers ou des capacités d’enregistrement informatique trop faibles ", souligne le livre blanc. À ces déficiences s’ajoutent parfois des locaux en piteux état. " Les magistrats en ont assez de porter le chapeau des dysfonctionnements qui incombent aux pouvoirs publics depuis des années ", lance Dominique Barella, estimant que " malheureusement, les Français ont la justice que l’État leur offre ". Et ce dernier n’est pas dans sa période la plus généreuse.

(1) Enquête ISPOS-LCI-le Point du 12 janvier.

L'Humanité, 16 janvier 2004

October 18, 2005

L'avis de Polansky


J'ai expédié deux lettres au Juge des Enfants et je prépare une couverture à celles-ci pour le Défenseur des Enfants.

Le Figaro, 18 octobre 2005
Extrait d'un interview de Polansky :

Le Figaro Magazine - Y a-t-il des choses de votre enfance que vous aviez gommées de votre mémoire ?
Roman Polanski - Oui, bien sûr, mais ce qu'on n'efface jamais, c'est la solitude. Le lit dur, la faim, les insectes, tout ça, ça s'estompe ; les enfants n'ont pas beaucoup de points de comparaison. Mais la séparation d'avec les parents, ça rend si profondément malheureux qu'on ne peut vraiment pas oublier. Je ne vois rien de plus triste. Un enfant peut tout endurer, même des parents cruels ou méchants. Tout est supportable. Pas l'absence.