April 11, 2006

A Monsieur le Ministre délégué à la famille

Une lettre ouverte du 11 avril 2006, extraits :


Monsieur le Ministre délégué à la famille,


Vous travaillez depuis de nombreux mois à la réforme du dispositif de la protection de l’enfance : l’après Drancy, Anger, Outreau, Taverny...

Question: La réforme du dispositif de protection de l’enfance envisage-t-elle de renforcer l’enquête afin d’épargner aux familles des signalements abusifs à l’institution judiciaire ?

Question : La réforme prévoie-t-elle des voies de recours auprès d’une commission ou d’un médiateur qui puissent exercer un réel contre-pouvoir, y compris lorsque la justice est saisie, surtout lorsque les missions sont déléguées au secteur associatif et privé ?


Dans l’attente de vos réponses, je vous prie de croire...

« Arrêtez ! »

L'obsédante et fragile étiquette d' "Outreau bis"
LE MONDE | 08.04.06
SAINT-OMER (PAS-DE-CALAIS) ENVOYÉE SPÉCIALE

Extrait :

Alors que les avocats de la défense et ceux de la partie civile se lançaient une nouvelle fois à la figure le précédent d'Outreau, le jeune garçon, qui assistait silencieux à ces invectives, s'était soudain mis à hurler : "Arrêtez !" Après une courte suspension d'audience, il était revenu à la barre et, alors qu'il s'était toujours tu pendant l'instruction, il a raconté pour la première fois avoir été le témoin d'agressions sexuelles commises par son père et ses oncles sur sa cousine Jessica, sous le regard de sa mère et de ses tantes. "Compte tenu de ce que tu viens de dire, sais-tu que je peux envoyer ton père et ta mère en prison ?", lui a demandé l'avocat général. - "Oui." - Et tu me laisses faire ? " - "Allez-y", a t-il dit. D'Outreau bis, le procès était redevenu d'un coup celui des frères D. et des soeurs V. Celui de sept accusés qui ne tenaient pas tout à fait sous l'étiquette.

SAINT-OMER, Pas-de-Calais (Reuters), 10 avril 2006 - Les avocats des parties civiles dans l'affaire "Outreau bis" ont dénoncé l'amalgame entre les deux affaires d'Outreau et redit qu'à leurs yeux des charges existent à l'encontre des sept accusés.

"Les charges existent, et elles sont lourdes" a affirmé Me Marc Pantaloni, avocat de la partie civile, qui s'est adressé aux jurés de la cour d'assises du Pas-de-Calais en leur disant que ce dossier n'était pas "une réplique d'un autre dossier".

Les avocats des parties civiles ont aussi dénoncé une instruction "mal conduite" qui aurait dû entraîner des charges plus importantes sur les accusés.

"Il est de l'intérêt de la défense que le dossier n'ait pas été instruit comme il aurait dû l'être" a déclaré Me Pantaloni.

Le Conseil général du Pas-de-Calais, tuteur des enfants, et trois associations de défense de l'enfance se sont constitués partie civile.

Sept adultes, trois frères unis à trois soeurs et la mère de ces dernières, sont poursuivis pour viols sur 10 enfants. Les six premiers ont purgé de 32 à 34 mois de détention avant d'être libérés en 2004.

En début d'audience, l'avocat général, Jean-Marie Descamps, a déposé des réquisitions écrites afin que pour deux des accusées, Fernande V. et Renée L., les poursuites pour "agressions sexuelles" sur l'un des enfants, Boris, soient requalifiées en "violences sur mineurs".

Le verdict est attendu vendredi. Les accusés encourent jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle.



SAINT-OMER (AFP) - L'avocat général de la cour d'assises du Pas-de-Calais a requis mardi jusqu'à 8 ans de prison au procès des sept adultes jugés pour pédophilie, écartant les accusations de viols et ne retenant des agressions sexuelles que sur un des dix enfants parties civiles.

"Faute de pouvoir imputer, sans risque de me tromper, de viols aux accusés, je vous propose (...) de répondre non à toutes les questions relatives à ces accusations", a déclaré Jean-Marie Descamps au cours de son réquisitoire de près de trois heures.

Les accusations de viols font encourir une peine de 20 ans de réclusion criminelle aux accusés.

D'après l'avocat général, seule Jessica, 19 ans, a été agressée sexuellement. Elle l'aurait été par son beau-père Didier et ses deux oncles, Patrick et Sylvain D.

Les neuf autres enfants ont été victimes de corruption de mineurs de la part des sept accusés, selon M. Descamps. "Tous les enfants examinés, s'ils ne sont pas des victimes, sont témoins de conduites sexuelles déviantes", a-t-il expliqué.

L'un des enfants, de surcroît, a subi des violences volontaires de la part de sa mère, avec la complicité de sa grand-mère, selon le réquisitoire.

La peine la plus forte a été demandée à l'encontre de Didier D., 40 ans, beau-père de Jessica: 8 ans d'emprisonnement. "Didier, le Rmiste flambeur, a une lourde responsabilité (...) parce qu'il est non seulement l'agresseur, mais également le père de la victime, son protecteur naturel", a souligné l'avocat général.

Contre Patrick D., 37 ans, qualifié de "tambour érigé en chef de musique, malin celui-là", et contre Sylvain D., 35 ans, "le voyeur, le photographe, le suiveur", 7 ans d'emprisonnement ont été requis.

L'avocat général a requis 4 ans de prison contre la mère de Jessica, Fernande V., 37 ans, qu'il a appelée la "marâtre cruelle". Elle est également accusée d'avoir maltraité son fils Boris.

Contre les soeurs de Fernande, Madeleine, 33 ans, et Fabienne, 38 ans, "des femmes bien légères et peu maternelles, plus préoccupées par leur libido", l'avocat général a réclamé 3 ans de prison pour corruption de mineurs.

Enfin, contre la mère des trois soeurs, Renée L., 61 ans, une peine de prison avec sursis a été réclamée pour complicité de violences sur mineur.

"Ce dossier ne se distingue pas beaucoup des dossiers du même ordre: pas ou peu d'indices matériels, et la nécessité de se forger une conviction à travers la parole de l'enfant", a reconnu M. Descamps.

Mais il a fustigé "le prototype de la famille incestueuse tournée vers elle-même", issue du "quart-monde", aux "normes inhabituelles" et au "sens moral inhibé".

"Ce dossier est tout banalement un tout nouveau dossier d'inceste ordinaire", a expliqué l'avocat général. Il a affirmé, en référence à l'affaire d'Outreau où treize personnes avaient été acquittées, que "l'histoire ne se répète pas".

Les sept accusés, qui comparaissent libres, ont déjà passé plus de trois ans en détention provisoire, depuis la révélation de l'affaire en 2001 jusqu'en 2004.

Leur procès, pour des faits qui se seraient déroulés à Outreau et au Portel entre 1994 et 2001, s'est ouvert le 29 mars à Saint-Omer.

Les avocats de la défense ont indiqué qu'ils plaideraient l'acquittement mercredi et jeudi.

Le verdict est attendu vendredi.

April 10, 2006

Lettre ouverte au garant du bon fonctionnement

A poster, datée du 8.

Extraits :

Monsieur le Président de la République,


Le 30 octobre 2000, à l’occasion d’un point presse conjoint avec Monsieur Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, vous exprimant au sujet de l’affaire Zakharova, vous rappeliez que « nous sommes dans un Etat de droit où seuls les tribunaux peuvent trancher. »

Le 3 juillet 2001, à l’occasion d’une interview à la radio de Moscou, dans le cadre de cette même affaire, vous affirmiez que « les droits de Madame Zakharova sont garantis, y compris le droit de visite de sa fille. » Vous souhaitiez « que la décision de justice puisse être prise le plus rapidement possible et, naturellement, dans l'intérêt de Macha. »


Ma fille aînée née en 1993 bénéficierait de mesures d’assistance éducative.

Depuis 2003 le tribunal pour enfant de Nanterre n’a retenu que quelques allégations à charge, principalement versées par les travailleurs sociaux de l’OSE, et a systématiquement rejeté tous les éléments à décharge.

Question : le tribunal pour enfant de Nanterre peut-il avoir rendu ses décisions dans l’intérêt de ma fille aînée, l’enfant concernée ?


Le 14 novembre 2005 vous déclariez aux français que « les enfants, les adolescents ont besoin de valeurs, de repères », que « l'autorité parentale est capitale », que « les familles doivent prendre toute leur responsabilité ».


Une nouvelle réforme de la protection de l'enfance est en chantier.

Dans ce domaine, de nombreuses missions du service public sont confiées au secteur associatif et privé. Ces activités ne semblent absolument pas être contrôlées ni même soumises à des normes ou à une éthique précise.

Question : Comment une famille pourrait-elle prendre toute sa responsabilité sur un tel dossier alors que l’institution judiciaire fait mine de ne pas comprendre ?


Depuis 2003, ma fille aînée a été soustraite à l’autorité parentale ainsi qu’à l’autorité judiciaire du fait des agissements de tiers et de l’OSE.

Question : si la France est bien un Etat de droit et si les valeurs de la République Française sont bien celles que vous mettez en avant pourquoi de telles choses se sont-elles produites ?


Ma fille aînée a perdu sa mère en 1999 et depuis fin 2005 elle n’a plus la possibilité d’avoir des relations avec son père. Depuis 1999 beaucoup de choses se sont construites mais des tiers, l’OSE et le tribunal pour enfant de Nanterre les refusent à ma fille aînée.

Question : Je devrais rencontrer l’aînée fin mai, à Versailles, si toutefois les tiers dignes de confiance daignent l’y présenter, que puis-je dire à mes enfants ?


Dans l’attente de vos réponses, je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, en l'expression de ma plus haute considération.

April 9, 2006

L'utilisation de voyants desapprouvée


Mais c'est en Australie. En France, face à certains enquêteurs, si toute fois ils vous reçoivent, il semblerait qu'il faille se couvrir de grigris (pattes de lapin, amulettes, croix, kippa, voile, ...).

SYDNEY, Australie (AP), 9 avril 2006 - Un agent de la police fédérale australienne a été suspendu pour avoir consulté une voyante dans le cadre d'une enquête sur une menace de mort contre le Premier ministre John Howard, a rapporté dimanche le journal "The Sunday Age".

Alors que l'investigation se trouvait dans l'impasse, le policier aurait consulté la voyante Elizabeth Walker, selon ce journal. Une enquête a été ouverte pour mauvaise conduite, poursuit "The Sunday Age", citant une déclaration d'un porte-parole de la police.

"L'AFP (Police fédérale australienne, NDLR), prend au sérieux toute allégation de mauvaise conduite des agents, et n'approuve pas l'utilisation de voyants dans les questions de sécurité", précise la déclaration.

Les autorités n'ont pas publié de détails concernant la menace contre le Premier ministre. AP

mgh/v43

La revue « Dialogue »

Revue de recherches cliniques et sociologiques sur le couple et la famille - dirigée par Jean G. Lemaire


Fascicule N° 152
Parentalités défaillantes : Soins et séparations ;

Quand faut-il un placement ? Les jalons d'évaluation de l'hôpital Bellevue pour les situations de défaillance parentale (première version)
Maurice BERGER ; - page n° 33


Fascicule N° 155
Lien de couple et ses paradoxes

Et aussi... Le bébé et la garde alternée : Le droit d'hébergement du père concernant un bébé ;
Maurice BERGER ; - page n° 90


Fascicule N° 165
L'autorité parentale et les mutations de l'ordre familial ;

Autorité parentale dans la famille et autorité dans le cadre de l'assistance éducative : une histoire de respect
Claire DAVIDSON ; Hervé HAMON ; - page n° 23

April 8, 2006

Extrait de la requête no 57306/00


Confйrence de presse de V.V.Poutine,
Prйsident de la Fйdйration de Russie,
le 15 janvier 2002, Paris

En ce qui concerne le systиme judiciaire, j'estime que nulle part ailleurs qu'en France, le problиme des relations avec les tribunaux n'est aussi clair. Que cela plaise ou non, les tribunaux dйcident comme la loi leur prescrit de dйcider. Quoique, je le rйpиte, certaines dйcisions peuvent susciter des rйactions diffйrentes. Ainsi, par exemple, dans le cas de la citoyenne russe Zakharova, qui se voit refuser le droit de communiquer en France avec sa fille dans sa langue natale, bien que cela nous semble йtrange.

Cela dйpasse toutes les bornes. Elle se voit refuser le droit de visiter l'йglise orthodoxe. J'ai dйjа parlй avec Monsieur le Prйsident а ce sujet. Il est aussi restй pantois et a dit: "Eh bien, cela paraоt saugrenu а premiиre vue, mais peut-кtre qu'ils ont leurs raisons?" Non, j'ai beaucoup de peine а m'imaginer quelles raisons ils peuvent avoir, mais je m’incline devant le fait que dans le pays il existe la stricte sйparation des pouvoirs, et le pouvoir exйcutif ne peut pas se mкler de l'activitй des pouvoirs judiciaires. Quoique nous continuions certainement de lutter par des canaux diplomatiques pour que les questions de ce genre, а caractиre humanitaire, soient rйsolues du point de vue non seulement de la loi, mais de la raison.


Point de presse conjoint du ministre français des Affaires étrangères et de son homologue russe, M. Ivanov
- Propos de M. Védrine -
(Paris, 15 février 2002)

Q - Monsieur Védrine, peut-on espérer que les problèmes de Mme Zakharova soient un jour résolus pour que la mère et sa fille puissent vivre ensemble ?

Nous suivons ce problème avec une grande attention mais nous devons respecter l'indépendance des juges. Nous veillons à ce que les garanties de procédures dont bénéficie Mme Zakharova soient respectées. Les nombreux recours qu'elle a intentés montrent qu'elle a pu utiliser toutes les voies qui s'offrent à elle, ce qui a permis que la situation soit examinée par trois juges des enfants successifs et trois fois en appel.
Tout le monde fait preuve de la plus grande vigilance pour préserver l'intérêt de cet enfant qui présentait un état psychique assez grave lors de son placement. Tous les experts s'accordent à reconnaître que cet état s'est amélioré.


De l'arrêt Zakharova contre France :

Le 3 mai 1999, le Dr B., commis par le juge d’instruction, déposa un rapport indiquant que « M. a été violemment battue, bien qu’on ne puisse pas dire par qui, et a présenté des troubles (en voie de régression) très évocateurs d’un état autistique provoqué par un amour trop étouffant ». Il indique notamment que « le placement l’a littéralement sauvée psychologiquement. L’enfant innocente son père et sa mère ».

La requérante souligne qu’elle n’a pas rencontré le Dr B. avant qu’il n’écrive son rapport.

Statuant sur l’appel interjeté par la requérante contre le jugement du 7 juin 1999, la cour d’appel de Versailles rendit un arrêt le 27 janvier 2000...

La requérante se pourvut en cassation. Par un arrêt du 18 septembre 2002, la Cour de cassation dit n’y avoir lieu à statuer, de nouvelles décisions ayant été prises les 3 juin 2000 et 6 juin et 5 novembre 2001 rendant le pourvoi sans objet.

Selon le COPES encore [la requérante] développe une relation perverse à autrui et au monde qui se traduit par le rejet de toute institution. S’il est exact que les professionnels en contact avec [la requérante] ont pâti de ce type de réaction (rendez vous annulés au dernier moment, enregistrement de communications téléphoniques, appels incessants aux autorités supérieures) ces inconvénients ne sont rien au regard du danger que cela représente pour [M.] elle-même qui ne peut avoir, par le truchement de sa propre mère qu’une vision déformée des diverses institutions et autorités.

Enfin, ni l’enquête sociale ni l’expertise graphologique ne fournissent des éléments positifs sur [la requérante] qui viendraient contrebalancer les descriptions cliniques ci dessus développées.

Le placement demeure adéquat.

Le monde disparu des pupilles

Le Monde, édition du 23.03.06
Par Anne Chemin, extrait :

Ivan Jablonka, auteur d'une étude sur un pupille devenu célèbre, Jean Genet (Le Monde du 21 janvier 2005), suit pas à pas ces milliers d'enfants que l'Assistance publique voulait, au nom de la réhabilitation de l'individu, arracher à la pestilence de la grande ville pour les confier à des familles habitant à la campagne. Placés dans des fermes, souvent exposés au froid, à la maladie et à la honte, les petits portaient, jusqu'à 6 ans, un cordon de soie et une médaille sur laquelle était gravé leur numéro d'immatriculation. A 13 ans, ils étaient « gagés » comme ouvriers agricoles ou domestiques, subissant souvent injures et humiliations. « De 1874 à 1939, l'ascension sociale des pupilles a été considérée comme une tâche très mineure, derrière les missions augustes - le combat hygiéniste, l'instruction élémentaire, la greffe territoriale et le renflouement de l'agriculture », note l'historien.

Ivan Jablonka ne se contente pas de retracer l'histoire d'une institution et de ses ambitions républicaines. S'appuyant sur le dépouillement de plus de 400 dossiers, il raconte, en citant des centaines de lettres et de rapports, le quotidien de ces enfants abandonnés : une pupille de 2 ans déplacée parce que sa literie n'a pas été aérée depuis six mois, un garçon de 17 ans qui menace, en 1919, de ne plus aller travailler car il lui est impossible « d'aller tout nu et sans chaussures », mais aussi un pupille de 16 ans séparé de ses parents nourriciers qui leur écrit en 1918 : « J'aime mieux qu'on me flanque une balle dans la peau que de me laisser vivre dans un pareil chagrin séparé de vous. »

L'Humanité, 26 juin 2004
Sébastien, kidnappé par la justice

Après avoir vécu huit ans avec ses grands-parents, Sébastien, quatorze ans, a été placé de force chez son père. Depuis, il menace de se suicider pour retrouver enfin sa " Mémé Mireille ".



Du rapport 2005 du Défenseur des Enfants, sa préface, la première phrase :

Tant qu’il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers [...] ;
Victor Hugo, préface aux Misérables, 1862.



De l'article du Monde de mars 2006 :

C'est un monde aujourd'hui disparu que ressuscite Ivan Jablonka dans une passionnante histoire de l'Assistance publique sous la IIIe République.



Entre 1963 et 1980, selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), publié en 2002, 1.630 enfants et adolescents réunionnais, âgés de 7 à 14 ans, ont été envoyés en métropole, plus particulièrement dans des départements touchés par l'exode rural. L'objectif était double rappelle Le Monde : aider les familles pauvres à assurer une formation à leurs enfants et contribuer au repeuplement de la Corrèze, du Gers et de la Lozère.

Ma mère me voyait déjà poser pour la photo de l’école avec une petite cravate, comme dans les magazines, et revenir à la Réunion en aviateur», dit Jean-Philippe. «La mienne disait: "Mon petit bonhomme va devenir un grand bonhomme. On fera de lui un monsieur", raconte Jean-Pierre. On a abusé de sa précarité et de sa crédulité. Elle ne pouvait pas se douter de ce qui allait suivre.» Illettrés pour la plupart, sous pression de la toute-puissante administration, savent-ils vraiment ce qu’ils font, ces parents qui apposent une croix ou un pouce trempé dans l’encrier au bas des documents? Inutile de leur forcer la main, puisque c’est «dans l’intérêt de l’enfant».

Dernier article de realisance.afrikblog.com

L'Eglise mesure l'anxiété majeure des français

LOURDES, le 7 avril 2006, extrait - L'Eglise catholique, dont les évêques ont achevé vendredi à Lourdes quatre jours de travaux à huis-clos, mesure "l'anxiété majeure" et la "souffrance" des Français, notamment des jeunes, et entend "contribuer" à les combattre, mais déplore le "discrédit" du politique.

Comme elle l'a souvent fait, depuis un siècle, à l'occasion des graves crises ou des drames que le pays a connus, l'Eglise a tenu à s'exprimer, pour montrer son extrême attention aux problèmes de la jeunesse et de la société "angoissée".

April 5, 2006

Lettre ouverte au Défenseur des Enfants

Postée ce 4 avril, datée du 3.

Extraits :

J'ai le sentiment que, sur chacun de ces trois dossiers, certaines méthodes de travail sont contraires au droit proclamé. Le travail effectué auprès de ces enfants et de ces familles semble en tous cas être en décallage avec celui promu depuis 1998 au moins. Ce travail ne correspond pas non plus à celui promu dans le cadre de l'appel des cents, pour une prochaine réforme du dispositif de protection de l'enfance en France.

Par ailleurs, sur le dossier de Justine, plusieurs éléments me laissent à supposer qu'il y a eu non seulement collusions au sein de l'institution socio judiciaire mais également corruption de cette même institution. De mon point de vue, de nombreuses décisions n’ont pas été rendues dans l’intérêt de Justine. J’exposerai très prochainement ces points à la cour, dans le cadre d’une procédure en appel de trois jugements du juge pour enfant de Nanterre. J’ai déjà abordé très sommairement ces sujets ce 30 mars 2006 à Versailles.

Par le passé, vos conseillers ont bien compris certains problèmes et m'ont recommandé de porter plainte puis aussi de saisir un juge d'instruction mais ces procédures me semblent parfaitement inapropriées eu égard à mes éléments. En effet, je ne souhaite pas engager d’autres procédures à Nanterre ou sur ce secteur alors que mes précédentes plaintes n'ont pas eu de suites connues.

Malgré mon insistance au cours de 2005, notamment auprès de votre institution, je n’ai toujours pas d’interlocuteur à qui confier ce dont je dispose.

Ma deuxième fille va bien mais demande souvent où est passée sa grande sœur. Sa mère et moi ne savons pas quoi lui répondre, cette enfant n’a que 3 ans et n’est pas en âge de comprendre ce qu’est la corruption ou ce que des adultes peuvent faire et obtenir dès lors qu’ils sont auréolés d’une certaine réputation.


Le procès des institutions

SAINT-OMER (AFP), 4 avril 2006 - Le procès de sept adultes jugés à Saint-Omer pour des viols sur mineurs à Outreau et au Portel, entre 1994 et 2001, a tourné lundi et mardi au procès des différentes institutions qui ont servi la justice, mais n'a pas permis de se faire une idée précise sur la réalité des faits.

Devant la cour d'assises du Pas-de-Calais, quatre experts psychologues et psychiatres, une fonctionnaire des services sociaux, une assistante maternelle et un enquêteur de police ont été interrogés chacun pendant plusieurs heures sur leurs possibles manquements.

Pour les avocats de la défense, il s'agit de démontrer que la parole des dix enfants parties civiles, principal élément à charge du dossier, n'a pas été recueillie avec les précautions nécessaires.

C'est sur la police que les critiques portent le mieux. Le chef d'enquête à la brigade des mineurs de Boulogne-sur-Mer, Didier Wallet, admet beaucoup de lacunes: celles de sa propre formation, les auditions de mineurs non filmées contrairement à l'obligation légale, les questions trop directes aux enfants.

Mais ces débats interminables sur l'enquête finissent par agacer le président de la cour: "Notre but c'est quand même la manifestation de la vérité, et non le procès de tel ou tel service", tranche Jean-Paul Beulque.

La corruption ordinaire

Libération, no. 6853
SOCIETE, mardi 27 mai 2003, p. 19
La corruption ordinaire de Paris sous Chirac
Quarante-cinq fonctionnaires et chefs d'entreprise jugés.

LECADRE Renaud

C'est peut-être un autre héritage du chiraquisme municipal. Une corruption ancrée dans des services publics parisiens dans les années 90. Depuis deux semaines, devant le tribunal correctionnel de Paris, comparaissent quarante-cinq chefs d'entreprise et fonctionnaires de la capitale. Petits patrons (maçons, plombiers...), obscurs fonctionnaires, corruption ordinaire : des travaux au noir dans un pavillon de banlieue, des remises d'enveloppes, des invitations au restaurant en pagaille. La contrepartie, c'est une surfacturation de divers chantiers publics : l'aménagement de crèches municipales, la rénovation d'un commissariat, la réfection d'une église, l'entretien du parc de la Villette, jusqu'aux menus travaux à la Comédie-Française. Dans son ordonnance de renvoi, la juge d'instruction Isabelle Prévost-Desprez, pourtant habituée aux dossiers tentaculaires, s'est dite étonnée de «l'étendue de la fraude, qui ne semblait plus inquiéter ni les corrupteurs ni les corrompus tellement ils en étaient devenus coutumiers».

Dominique M. et Sylvie F. travaillaient à la Direction des affaires sociales et de l'enfance en charge des crèches. Elles touchaient 10 % sur les travaux, d'où des remises en espèces de quelques dizaines de milliers de francs par an. A la barre, elles contestent vaguement les montants mais admettent qu'en retour les entreprises devaient gonfler les devis. «Je connaissais le système, je ne peux pas le nier», concède Sylvie F., mais elle s'emporte : «Nous avons été suspendues car nous avons fait six mois de préventive. On a tout pris alors que d'autres ont fait pire et sont toujours dans un placard.» En réalité, la mairie de Paris a suspendu neuf de ses fonctionnaires, mais «tardivement», relève le président du tribunal, Noël Miniconi.

Véranda. L'un d'entre eux, Jean A., était chargé de l'entretien des lieux de culte au sein de la Direction des affaires culturelles. A l'occasion de la réfection de l'église Sainte-Marguerite, les ouvriers ont reconstruit sa propre véranda située non loin de là. Jean A. a aussi bénéficié de billets de train et d'hôtel : «Il préférait les voyages aux repas», souligne un entrepreneur. Aux Services locaux d'architecture, chargés de donner un avis sur les petits travaux municipaux, quatre fonctionnaires ont également procédé à ces échanges de mauvais procédés.

Les entreprises poursuivies racontent la même fatalité, «certaines pratiques du métier» tellement courantes qu'elles n'ont plus besoin d'être explicites, dans un «confortable non-dit». Yvon C. est l'un des plus anciens, il raconte avec bonhomie : «Je veux travailler. On me dit : oui mais c'est 10 %. Bon, acceptons les 10 %.» Inutile de les violer, les moeurs de la construction étant ce qu'elles sont. Le président évoque ainsi le cas d'Alain N. «Apparemment, vous êtes amateur de safaris africains : Burkina, Tanzanie, Afrique du Sud... Autant les frais de restaurant, bon, il faut bien entretenir la relation commerciale. Mais là, on sort un peu de ce qui est nécessaire à la bonne marche de l'entreprise.» Durant l'instruction, plusieurs entrepreneurs ont raconté que certains fonctionnaires parisiens étaient particulièrement «gourmands», qu'ils «poussaient le bouchon un peu loin». Au président qui cherche à savoir comment ces choses se mettent concrètement en place, Yvon C. répond : «D'entrée.»

Il parle ici de la façon d'obtenir des marchés au parc de la Villette. Géré par un établissement public (l'EPPGHV) et non plus municipal, c'est l'autre gros morceau du procès. La Villette est un chantier permanent, avec une multitude de petits travaux (moins de 300 000 francs) qui peuvent être commandés sans appel d'offre. Un eldorado pour tous les corps de métier, mais aussi pour Jean-Claude G., surveillant des travaux à l'EPPGHV. La liste des aménagements effectués gratuitement dans son pavillon est impressionnante. «J'ai pété les plombs, plaide-t-il. Il y avait la possibilité d'arrangement : je suis dans le bâtiment, autant en profiter.» Jean-Claude G. a aussi donné des informations sur l'important marché de la toiture de la Grande Halle. L'heureux lauréat, du groupe Lyonnaise des eaux, déjà poursuivi dans l'affaire du conseil général des Yvelines, tourne autour du pot : «Ce projet me tenait à coeur, alors j'ai rendu des services que je n'aurais pas dû rendre. J'ai été favorisé, mais j'étais le mieux-disant.» L'actuelle direction du parc, partie civile, s'énerve : «On n'a pas été regardant sur la qualité. Cinq ans après la réception de la toiture, tout est entièrement à refaire.»

Graffitis. Alain P. était en charge des espaces verts du parc de la Villette, en particulier du nettoyage des graffitis. Un sacré fromage pour toute une série de maçons subitement improvisés nettoyeurs industriels : «Le graffiti hier, l'amiante aujourd'hui, et demain le plomb», résume l'un d'eux. Pour mieux le favoriser au sein de l'appel à candidatures, Alain P. lui avait fait faire des tests sur des tags vieux de 24 heures, donc plus faciles à effacer. Selon l'accusation, sur les 2 millions de francs dépensés entre 1990 et 1996, la moitié serait surfacturée. Alain P., qui en aurait profité personnellement à hauteur de 400 000 francs, tient à apporter cette précieuse nuance : «Il n'y a pas eu surfacturation, mais partage des bénéfices.»

Comment des agents publics peuvent-ils en arriver là ? Jacques L. est un ancien instituteur, devenu administratif au ministère de la Culture puis détaché à la Comédie-Française, en charge de la logistique. Il est seul avec une entière liberté de manoeuvre. Situation dangereuse, d'autant qu'arrive la tentation avec l'achat d'un pavillon en banlieue. «Après avoir accepté la moquette, il a accepté des espèces», résume l'accusation. Michel B. semblait tout aussi isolé au sein de l'Epad, l'établissement public en charge de l'aménagement de la Défense. Pendant dix ans, il a touché une enveloppe mensuelle de la société Urbaine de travaux. «Tout cela était allé trop loin», reconnaît Michel B. Le total ne fait jamais que 200 000 francs, mais personne n'en aurait jamais rien su si les enquêteurs n'avaient un jour tiré une curieuse pelote.

Yvon C., encore lui, avait vendu sa boîte en 1993. «C'est un milieu bien triste, qui me fatigue», dit-il aujourd'hui. Une tradition l'énerve particulièrement : «C'est les entreprises qui doivent payer le champagne et le cadeau lors du départ en retraite» d'un donneur d'ordre. Son repreneur a été désagréablement surpris en se plongeant dans la comptabilité : notes de frais astronomiques, innombrables retraits en cash... Sa plainte initiale a levé le lièvre, des aveux circonstanciés ont suivi. Il est rare qu'une affaire de corruption puisse être solidement établie, car il faut démontrer l'existence d'un «pacte préalable». C'est pour une fois le cas.

April 4, 2006

Des correspondants agressés, « ces faits sont graves »

Des correspondants allemands agressés en Seine-Saint Denis
LE MONDE | 03.04.06

A deux reprises, ces dix derniers jours, des élèves allemands venus dans des collèges de Seine-Saint-Denis dans le cadre d'échanges pédagogiques ont été agressés ou insultés par des élèves français. Les derniers incidents ont eu lieu, le 30 mars, au collège Jean-Jacques-Rousseau du Pré-Saint-Gervais, où deux collégiens ont effectué un salut nazi au moment de l'arrivée des correspondants allemands. Des insultes ont également été proférées, selon le rectorat de Créteil. Un signalement à la police a été effectué et les deux élèves doivent être convoqués devant un conseil de discipline.

L'incident le plus grave a eu lieu au collège Jorissen, à Drancy, où des collégiens ont agressé les correspondants venus dans leur établissement. Mardi 21, sept d'entre eux les ont insultés au moment de la récréation, les traitant de "sales Boches". Mercredi 22, une trentaine de collégiens ont poursuivi les jeunes Allemands rentrant dans leurs familles d'accueil en leur jetant des pierres. Aucun élève n'a été blessé, selon le rectorat de Créteil. Une plainte devrait être déposée dans les prochains jours par la principale du collège au commissariat de Drancy.

"Ces faits sont graves. Ils suscitent la tristesse et l'indignation et doivent être condamnés avec la plus grande fermeté", a réagi le recteur, Bernard Saint-Girons, à propos des incidents de Drancy. Dans un premier temps, les élèves concernés ont été exclus temporairement. Ils doivent comparaître devant le conseil de discipline dans les prochains jours. Une demi-journée de réflexion a été organisée par l'équipe éducative. Le recteur s'est rendu dans le collège, jeudi 30 mars, pour rencontrer les enseignants et les élèves au moment du départ des correspondants allemands.

Le rectorat exclut tout lien entre ces violences et le mouvement anti-CPE. "Il semble également peu probable que leur acte ait été motivé par la nationalité des victimes. Il s'agit plutôt, selon toute vraisemblance, d'un geste d'hostilité à l'égard d'élèves étrangers à l'établissement, dicté peut-être - mais rien ne permet de l'établir à l'heure actuelle - par des sentiments de nature xénophobe", a affirmé le recteur dans un communiqué. Il a appelé les membres de la communauté éducative à "la plus extrême vigilance" face à la violence et à la xénophobie.

Le maire (UDF) de Drancy, Jean-Christophe Lagarde, privilégie aussi l'hypothèse du rejet par ces jeunes "de ceux qui ne viennent pas du quartier". Ce type d'événements ne sort pas de l'ordinaire dans les établissements sensibles : au moins deux autres incidents concernant des correspondants en visite dans l'académie de Créteil ont été signalés depuis 2005. Le climat dans le département est jugé "explosif" par les autorités académiques.

Luc Bronner
Article paru dans l'édition du 04.04.06

April 3, 2006

Ce genre d'incident est une première

BERLIN (Reuters), 3 avril 2006 - Le land de Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne, a fait changer 150 serrures de la centrale nucléaire de Philippsburg après que l'opérateur eût égaré 12 clés menant à un quartier de haute sécurité.
Selon le ministère régional de l'Environnement, l'opérateur EnBW a signalé en mars la perte des clés, qui n'ont pas été retrouvées depuis malgré des recherches pointues et de multiples interrogatoires.

Le parquet a ouvert une information judiciaire pour vol.

"Ce genre d'incident est une première en Allemagne", a expliqué non sans embarras le ministère. "Les clés se sont tout simplement volatilisées".

Des adultes et un lot de têtards ont été saisis par les gendarmes

AEROPORT D'ORLY (AFP), le 3 avril 2006 - Sept Belges et un Français soupçonnés d'appartenir à un réseau de trafic de batraciens protégés entre l'Amérique du sud et l'Europe, ont été interpellés dimanche à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne) et placés en garde à vue avant d'être libérés.

Trente-deux spécimens adultes de dendrobates et un lot de têtards ont été saisis par les gendarmes. Les dendrobates sont des batraciens de petite taille convoités par les collectionneurs pour leurs couleurs très vives.

Ils peuvent se vendre d'une trentaine à plusieurs milliers d'euros en fonction de leur rareté, selon le major Frédéric Thomas, de l'Office central de lutte contre contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique, dépendant de la Direction nationale de la gendarmerie nationale.

Les batraciens dendrobates sont protégés par la convention internationale de Washington (convention CITES). Un arrêté français de 1986 interdit en outre tout prélèvement de batraciens en Guyane d'où arrivaient les suspects.

Les batraciens découverts dimanche matin, et confiés au Muséum d'histoire naturelle, appartiennent aux espèces les plus rares. "On n'en trouve que quelques centaines dans le monde", a précisé le major Thomas.

Les huit hommes interpellés ont été placés en garde à vue à la Gendarmerie du transport aérien avant d'être libérés dans la soirée. Trois d'entre eux seront jugés en avril par le tribunal correctionnel de Créteil pour "atteinte illicite à une espèce animale protégée non domestique".

Ce délit est passible d'une peine de six mois d'emprisonnement et 9.000 euros.

Témoignage

Soixante ans après la "libération" des camps d’extermination, la Shoah continue de faire souffrir. Fragilisés, les descendants de rescapés ont intégré la douleur des parents, exprimée ou gardée sous silence. Et ils sont eux aussi victimes du "syndrome du survivant". Identifié dans les années 1960 par le psychanalyste américain William Guglielmo Niederland, ce syndrome exprime la culpabilité d’avoir survécu quand tant d’autres ont été assassinés. Il se manifeste par une série de maux caractéristiques : anxiété, troubles cognitifs, de la mémoire, état dépressif chronique, tendance à l’isolement, au retrait et au renfermement mélancolique, altération de l’identité personnelle, affections psychosomatiques…

Nathalie Zajde est psychologue clinicienne et ethnopsychiatre, auteur d’Enfants de survivants, l’une des études les plus remarquables sur l’héritage traumatique de la Shoah (Odile Jacob, 1995). Comment comprendre, s’interroge-t-elle, que les enfants des rescapés fassent les mêmes rêves et présentent les mêmes symptômes que leurs parents alors que ceux-ci, bien souvent, ont gardé le silence sur ce qu’ils avaient vécu ? Probablement parce que cette transmission s’effectue de manière inconsciente, à l’insu même des protagonistes, autrement que par des mots. Une transmission qui passe à travers les paroles et les gestes apparemment anodins de la vie quotidienne.


Je n’ai jamais parlé à mes enfants parce que, bêtement, j’ai refusé de les impliquer dans mon destin. Je ne me rendais pas compte que mon destin, c’était le leur. Je ne voulais pas qu’ils souffrent de mon histoire. Et j’avais bien tort. Même si je ne leur ai rien dit, ils ont perçu toutes mes angoisses. Ils sont d’ailleurs tous très anxieux, quelque part ils ne sont pas bien dans leurs pompes.

En psychanalyse, on dit que les enfants doivent “tuer le père” pour devenir eux-mêmes adultes. Est-ce que des enfants de rescapés, nés après la guerre, peuvent “tuer le père” sans s’identifier eux-mêmes au bourreau qui a failli le tuer vraiment, le père ? C’est une sacrée question.

Ce qui est sûr, c’est que, curieusement, je suis devenu l’enfant de mes quatre enfants. Ils s’inquiètent pour moi comme s’ils étaient devenus mes parents. C’est confortable sous certains aspects, irritant sous d’autres. Par exemple, ils ne me disent jamais quand ils ne vont pas bien. Ils le disent à leur mère, mais pas à moi. Parce qu’ils veulent me préserver absolument.


Sam, rescapé d’Auschwitz, va depuis 20 ansdans les écoles pour raconter la Soah. Mais il a gardé le silence avec Françoise, sa fille aînée,et avec Malka, qui elle, en a tiré de la force.
« Je suis devenu l’enfant de mes enfants »
Sam Braun, 77 ans. Déporté à Auschwitz en 1943 avec ses parents et sa petite sœur, il est le seul à en être revenu.

Psychologies, La Shoah en héritage
Olivia Benhamou, mars 2005