October 6, 2005

Deux mamans

Libération, le 6 octobre 2005
et beaucoup d'indignation, extraits :

«Un livre pour enfants qui fait frémir.» Ainsi Elisabeth Monfort, présidente de l'association catholique Femina Europa, présente-t-elle l'ouvrage Jean a deux mamans édité par l'Ecole des loisirs. Ce livre destiné aux enfants de moins de 3 ans met en scène une famille homoparentale. Edité en novembre 2004, il s'est vendu pendant un an sans faire de vagues jusqu'à ce qu'une lectrice du Figaro ­ ou plutôt sa fille­ tombe dessus dans une bibliothèque municipale.

«Je me suis sentie piégée, raconte-t-elle le 9 septembre dans le quotidien. OK en librairie ou bien dans le coin bibliothèque des ados, car, dans ces conditions, chacun a le choix. Mais là, quel choix ai-je ? Quand ma fille veut ce livre parce qu'elle adore les images et que je refuse, qu'est-ce que je lui réponds ?»


Non.

« D'un autre âge »

Libération, le 6 octobre 2005
L'institutrice «tyran» mise en examen, extraits :

L'enseignante est suspectée d'avoir, tout au long de l'année scolaire, insulté et violenté ses élèves, âgés de 4 à 5 ans. C'est seulement en juin qu'une première plainte a été déposée. Onze autres ont depuis été enregistrées.

De source policière, on indique qu'au cours de sa garde à vue l'institutrice «a largement minimisé les faits, les violences physiques se transformant en violences verbales». «Elle se réfère à une conception de l'éducation d'un autre âge, avec une certaine sévérité envers les élèves, tout ça dans le but d'en faire d'honnêtes gens, de leur inculquer la discipline», poursuit la même source. «Dès que nous avons été alertés, il y a eu une suspension de la personne à titre conservatoire à partir du 1er septembre», explique l'Inspection académique du Haut-Rhin.

October 4, 2005

Le grand singe dérange

En réaction à l'emission Dossiers de France 3,
L'instinct paternel existe-t-il ?

One Voice, Le grand singe dérange

Le résultat de nombreuses études menées sur nos plus proches parents, dont celles du grand primatologie, Franz de Waal, permettent de dire maintenant que la technique, la culture, les traditions, l’enseignement, la planification, la coopération, l’altruisme et les rituels de réconciliation font partie de la structure sociale des grands singes. Ils ont conscience d’eux-mêmes, reconnaissent leur image dans un miroir, anticipent le futur, assimilent des structures de langage élaborées, plaisantent et… mentent! Le gouffre est sur le point d’être franchi mais l’opposition sera à la taille du progrès moral que cela constituerait dans la relation de l’Homme à l’Animal. Le spécisme, profondément enraciné dans les mentalités humaines, et des intérêts puissants sont en jeu. Nous avons besoin de toutes nos forces vives, de toutes celles et ceux qui sont capables de passer au-dessus des préjugés et de leurs propres intérêts pour que les êtres chimpanzés, bonobos, gorilles et orangs-outans ne soient plus traités comme des choses ou des instruments au service de l’immoralité humaine, mais comme des personnes dotées de leurs propres destins. Le cours de leurs vies est entre nos mains.


Nouvel Obs, dossiers 2002/2003
Hier, il n'y en avait que pour les mères, extrait :

Dans les années 80, tout le monde se fichait de lui, se souvient la sociologue Evelyne Sullerot, auteur de “Quels pères, quels fils ?”. Il n’y en avait que pour les mères ! » A la même époque, Ségolène Royal, alors conseillère de François Mitterrand, éconduisait les associations de pères divorcés. De quelle planète venaient-ils pour oser réclamer la garde de leurs enfants ? Aujourd’hui la même Ségolène, ministre déléguée à la Famille, reprend leurs revendications et insiste sur la nécessaire revalorisation de leur rôle (voir encadré). Cette même gauche qui en 1968 voulait la « mort du père » plaide pour un renforcement de l’autorité, en espérant donner des repères à la jeunesse et contenir la violence dans les cités. Le discours social et politique, qui s’en est tenu longtemps à la dénonciation des pères défectueux, est en train de changer totalement. Maintenant c’est quasiment un appel au secours, du style : « Soyez bons, nous avons besoin de vous ! Vous êtes aussi essentiels que les mères ! »

Femme Actuelle N°684, extrait d'une interview d’Aldo Naouri :

F.A. : Quelles sont les conséquences de l’absence du père pour l’enfant ?
Dr A.N. : Il faut s’entendre sur le terme absence. Il y a absence de père quand il n’y a personne pour remplir la fonction paternelle, c’est-à-dire personne pour faire obstacle à la toute puissance maternelle. Or, on l’a vu, ne peut faire obstacle que celui à qui la mère reconnaît ce droit. Partant de là, on peut comprendre que la présence réelle, effective, du père aux cotés de l’enfant n’est pas absolument indispensable. S’il est vraiment présent dans les pensées et les comportements de la mère, il peut être loin, jamais là, mort même, il remplit tout de même sa fonction paternelle. En revanche, s’il n’est pas aimé et que son autorité est intérieurement déniée par la mère - même si elle ne le manifeste pas ouvertement, il peut être présent tous les jours, il est absent quand même car il ne peut pas remplir sa fonction paternelle.

F.A. : Quelqu’un d’autre que le père peut-il remplir sa fonction ?
Dr A.N. : Oui, car c’est une fonction, disons atomisable. N’importe qui peut la remplir (un oncle, un professeur, un ami de la famille, une grand-mère même...) à partir du moment où la mère reconnaît à cette personne le droit de s’interposer entre elle et son enfant, où elle s’incline dans les limites qu’on lui impose. Même un gardien de square qui interdit de monter sur les pelouses, un agent de police qui n’autorise pas à traverser à tel endroit ont une fonction paternelle. Disons qu’ils sèment une espèce de poussière de fonction paternelle, la dose minimale pour que l’enfant ne devienne pas fou. Mais ce droit partiel accordé à l’autre par la mère (ou subi par elle) est bien entendu insuffisant (...). La relation avec la mère est si intense, si viscérale ! Pour que l’enfant parvienne à se détacher, il faut que la mère soit elle-même liée par un lien puissant à celui qui s’interpose.


Aldo Naouri se défend d'être rétrograde et conservateur. Il explique qu'il n'est pas contre le partage des rôles et le pouvoir des femmes. Cela n'a rien à voir, dit-il. Que les hommes fassent la vaisselle, c'est une chose. Mais il faut qu'ils jouent leur véritable rôle de père. Pas celui des sitcoms et des poncifs à la mode. Celui qui s'interpose entre la mère et l'enfant. Ce n'est pas en maternant ce dernier qu'ils y parviendront, précise Aldo Naouri avec une moue légèrement dubitative. Le pédiatre ne combat pas la toute-puissance des mères. Au contraire, il la célèbre. Mais à une condition: que les pères ne cessent de rappeler à ces mères qu'elles sont des femmes. Par-dessus l'épaule maternelle, l'enfant doit voir qu'il y a un homme et que cet homme intéresse bigrement sa mère.

L'Express livres, Les pères et les Mères (Odile Jacob)


Dialogues, selon Claude Serraute :

— Bon, il est un peu bagarreur, mais de là à en faire de la graine de gangster ! C’est de son âge. Ça lui passera.
— En lui serrant la vis. Mais, toi, question autorité… C’est pas en continuant à jouer les père-mère que tu vas…

— Et alors, où est le problème ?
— Le problème, c’est qu’il n’a plus 6 mois, Thomas. Et que, maintenant, il n’a plus besoin d’un nouveau père, mais d’un père, un vrai, à l’ancienne.

— Normal, écoute, avec tout ce qui se passe maintenant – l’insécurité, la montée de la délinquance juvénile, la responsabilité des familles –, les psys en reviennent à l’autorité paternelle.
— Trop tard ! Elle est parentale et depuis belle lurette, l’autorité. Alors si tu as envie de jouer les mères fouettardes, vas-y. Moi, je ne saurais plus.
— Enfin, Jean-Mi, tu ne voudrais pas que ce soit moi, avec mon gros ventre qui… L’homme, c'est toi, quand même, non ?

RAR 3466 2694 2FR

Son prénom est remplacé par « ma fille ».


Madame le Juge des Enfants,

Début septembre 2005, j’ai constaté que ma fille, douze ans, partageait à nouveau sa chambre au château de Vaucelles avec une jeune majeure. De telles conditions de communauté de vie – entre une préadolescente qui entre au collège et une jeune majeure déscolarisée – ne sont pas du tout favorables à ma fille. Elle doit pouvoir se reposer de ses journées, en prévision de l’école, les lendemains, ce que ne permet pas une telle cohabitation. J’ai signalé cela à la direction de l’établissement gardien et malgré les motifs avancés, ça n’a pas été pris en compte. Ma fille s’est elle-même à nouveau plainte aux éducateurs comme début 2004, lorsqu’elle était en primaire, mais malgré cela aussi, cette cohabitation lui est imposée par l’établissement gardien.

Ma fille s’est plainte récemment parce que cette jeune majeure recevrait parfois un jeune homme : celui-ci passerait « toutes les nuits », « à onze heures », « par la fenêtre » de leur chambre pour y retrouver la jeune majeure... L’exhibition sexuelle imposée à un mineur de douze ans est réprouvée par la morale et la loi.

Par ailleurs, il s’avèrerait que ma fille n’a pas du tout compris ce qui a été décidé pour elle et qui lui aurait été annoncé et détaillé au plus tard au cours de l’audience du 30 juin 2005 au soir. Ma fille envisage de vous écrire prochainement parce qu’elle ne veut pas du tout être placée ni vivre en Alsace-Lorraine. Ma fille nous soutient même à ma compagne et à moi qu’elle souhaiterait rentrer plus souvent à la maison et qu’elle ne voudrait pas passer ses prochaines vacances d’octobre en Alsace-Lorraine selon les modalités que lui impose le jugement rendu le 1er juillet 2005. Il figurerait bien au rapport que vous a rendu Madame CD, psychanalyste clinicienne, spécialiste de la petite enfance, que ma fille souhaite vivre avec son père.

Le lien qui nous relie ma fille et moi n’a jamais été rompu ni d’ailleurs mis à mal comme au cours de ces derniers mois. Ma fille a une petite sœur qu’elle aime et avec laquelle elle apprécie passer du temps. Ma fille est placée dans un foyer contre son gré. Il est normal qu’elle désire autre chose que de passer l’intégralité de ses vacances en Alsace-Lorraine. Il est plus normal encore que ma fille veuille vivre avec son père, sa sœur et sa belle-mère plutôt qu’avec une tante, une cousine et un oncle par alliance à 500 km de ses attaches.

J’ai fait appel du jugement rendu ce 1er juillet 2005. Je souhaite qu’il y ait un terme aux mesures de placement car ce n’est ni ce dont ma fille a envie et encore moins ce dont elle a besoin. En effet, ma fille a déjà perdu sa maman et les mesures de placement la privent de son père ainsi que d’autres personnes qui lui sont très chères. Elle est née à Paris et a ses attaches et repères dans cette région. Les mesures de placements ne font que raviver ses angoisses, notamment celles des suites et liées au décès subit de sa maman.

Cette présente lettre doit venir s’inscrire en complément et soutien à la requête que ma fille elle-même vous fera parvenir sous peu. Pour les prochaines audiences en votre cabinet je souhaiterais que vous convoquiez également ma compagne, Mademoiselle X, car elle et moi formons le couple parental de la famille de ma fille (définition de la CEDH). Je souhaiterais aussi que les prochaines audiences se déroulent à chaque fois en présence du greffier, surtout si celles-ci sont contradictoires.

Je vous informe enfin que le Docteur BB a reporté son premier entretien avec moi de début octobre à mi-décembre 2005. L’expertise et le rapport qui lui ont été demandés ne seront donc peut-être pas disponible pour le 1er janvier 2006. Je souhaiterais qu’une disposition soit prise pour que ce rapport psychiatrique soit au dossier de ma fille avant la fin 2005, dans les délais conformes à votre ordonnance.


Veuillez agréer, Madame le Juge des Enfants, ...




Pièce jointe : copie de la lettre du 26 septembre 2005 de l’établissement gardien

October 2, 2005

Outreau, l'errance judiciaire

Ou l'art de constituer des éléments à charge à partir de quelques mots d'enfants...

Le Figaro, 1er octobre 2005, extraits :

Objet de cette procédure, supplément d'information ordonné par la cour d'assise : vérifier si Daniel Legrand fils, qui s'est vu infliger deux ans de prison ferme en première instance, n'aurait pas été victime d'une homonymie, ou d'une méprise : la mise en cause manuscrite, par l'une des jeunes victimes, d'un «Dany Legrand» – ou «Dany le grand» – avait conduit à l'arrestation, en dehors d'Outreau, de Daniel Legrand père et fils. Aucun des deux n'a jamais été reconnu par les habitants de la Tour du Renard, où s'étaient déroulés les faits.

Les enquêteurs concluent, logiquement, qu'«aucun des éléments recueillis ne permet de mettre en cause de quelque manière Dany C. pour les faits incriminés». Le conseil de Daniel Legrand fils, Me Julien Delarue n'a jamais prétendu le contraire lorsqu'il avait formulé sa demande de supplément d'information. L'avocat entendait simplement démontrer que l'accusation initiale visant un «Dany Legrand», formulée par un enfant très jeune et traumatisé, prêtait à interprétations.

Et qu'en dépit de la bizarrerie de l'enchaînement judiciaire – on cherche un homme dans la force de l'âge, on en arrête deux, le père et son fils, on acquitte le premier et on condamne le second, à peine majeur à l'époque des faits, pour des attouchements alors qu'il était poursuivi pour des viols aggravés – nul n'avait jamais songé à poursuivre les investigations sur la piste «le grand/Legrand».

October 1, 2005

Rupture familiale et sociale

CAEN (AP), 1 octobre 2005 - Les parents d’un bébé abandonné dimanche dernier à Caen (Calvados) et qui étaient activement recherchés par la police ont été interpellés vendredi à Argentan (Orne) à la suite d’un accident de voiture, a-t-on appris samedi auprès du parquet de Caen. Les parents, âgés de 23 et 24 ans, ont été placés en garde à vue à Argentan avant d’être transférés à Caen où ils ont été présentés vendredi soir au parquet. ”En rupture sociale et familiale” selon le procureur de la république de Caen François Nicot, le couple s’était apparemment rendu ces derniers jours à Marseille en passant par les Landes, en vivant “essentiellement de mendicité”. Les jeunes gens sont soupçonnés d’avoir abandonné dimanche dernier vers 18h leur petite fille âgée de deux mois et demi, retrouvée dans sa poussette devant le pavillon d’un couple de médecins, à quelques mètres du centre hospitalier régional Clémenceau à Caen. AP
CAEN (AP), 26 septembre 2005 - Un bébé abandonné a été découvert dimanche près du centre hospitalier régional de Caen, a-t-on appris lundi auprès des services de police. Le bébé, une fillette qui aurait environ deux mois et demi, a été découvert par une passante vers 18h dimanche, à une centaine de mètres de l’entrée du CHR de Caen (Calvados), devant le pavillon d’un couple de médecins, ont précisé les services de secours. Le bébé abandonné a été retrouvé dans une poussette dans laquelle se trouvait du lait en poudre, des paquets de couche et des vêtements d’enfant, mais aucun message n’a été retrouvé sur le nourrisson. L’enfant a été pris en charge par le service pédiatrique du CHR. AP

September 30, 2005

Entre protection de l’enfant et droit des familles

Lien social, Publication n° 669 du 12 juin 2003
Extraits :

Faut-il maintenir les relations entre un enfant placé et ses parents ou au contraire existe-t-il des circonstances qui justifient une mise à distance ? Cette question fondamentale est brouillée par des problématiques idéologiques, culturelles et émotionnelles qui ne permettent pas toujours de répondre d’une manière cohérente. Un colloque de l’association Anthéa a tenté d’apporter, les 26 et 27 mai 2003 quelques éclaircissement.

... Avec une maladresse consommée, cette dame est venue fustiger les travailleurs sociaux accusés tour à tour d’enlever les enfants à la sortie des écoles, puis de les soudoyer en leur payant des vêtements de marque ou des séjours de vacances onéreux, mais aussi en leur donnant de l’argent de poche (toutes choses que les parents ne peuvent pas se permettre), de laisser dans l’ignorance ces mêmes parents de l’orientation scolaire ou de la santé de leurs enfants, de reporter des visites, de ne pas autoriser librement les communications téléphoniques etc. Généralisation et stigmatisation hâtives risquent parfois de faire perdre toute crédibilité. Que les professionnels soient parfois en situation de toute-puissance est indéniable… mais il leur arrive aussi de se montrer respectueux des familles naturelles. Qu’ils commettent parfois des erreurs ou des oublis est tout aussi vrai… mais ils peuvent aussi agir avec compétence. Ce que Catherine Cadet a mis en évidence, c’est le besoin d’une instance de médiation qui garantirait la place de chacun et veillerait à corriger les abus de pouvoir, de part et d’autre. Le service socio-éducatif en charge du suivi de l’enfant n’est pas le mieux placé pour jouer ce rôle.

Sabine Domenichino, pédopsychiatre, a rappelé la fonction essentielle des mécanismes d’attachement et le rôle premier joué par l’enfant dans leur élaboration. (...) Ces interactions précoces participent à la construction de son sentiment de sécurité intérieure nécessaire à son humanisation et à l’élaboration de sa personnalité. Les personnes qui semblent naturellement les plus à même d’être ses interlocuteurs, dans ce processus, sont ses parents.

Il ne s’agit pas, pour autant, d’imposer une rupture brutale qui serait synonyme d’échec et de cassure, mais d’aménager une séparation qui préservera, avant tout, l’intérêt de l’enfant. C’est l’objectif des visites médiatisées qu’elle mène dans le cadre de l’hôpital Bellevue à Saint-Etienne. Le but poursuivi est bien là, d’aménager des séances regroupant parents, enfants et intervenants médico-sociaux, afin de recréer un vécu de lien primaire suffisamment bon pour pouvoir rendre possible le travail de séparation physique et psychique : réunir pour permettre à l’enfant de s’éloigner, sans sombrer.

Ces cris qu'on enterre

Libération, le 27 septembre 2005
Le président Bouteflika entend rayer de la mémoire collective plus d'une décennie de guerre civile. Mais beaucoup d'Algériens ­ qu'ils soient rescapés ou proches de disparus ­ refusent cette amnésie forcée.

Après de longues recherches, il pense que leurs corps reposent là, au fond du trou. «Pour qu'on ne sente rien, il suffit en général de jeter de la chaux.» Lorsqu'il a crié au charnier et exigé son exhumation, il a été réduit au silence. «La gendarmerie m'a harcelé. Mon autre frère a été accusé de liens avec les terroristes et emprisonné pendant trois mois. Tout ça pour m'éloigner d'ici.» Le black out était déjà décrété.

L'homme dirige Al-Soumoud, l'une des associations de victimes d'un conflit qui, durant les années 90, a ensanglanté l'Algérie, faisant 200 000 morts. Une page que le président Abdelaziz Bouteflika veut tourner, une fois pour toutes. Sa «charte pour la paix et la réconciliation nationale», qui sera soumise le 29 septembre à référendum, enterre la «sale guerre», ses cadavres, ses tueurs et ses secrets.

Une révolution : le Plumpy Nut

Libération, le 28 septembre 2005
Plumpy Nut, une pâte à base de beurre de cacahuètes, sauve aujourd'hui des milliers d'enfants de la famine.

«Pour nous, c'est une révolution, explique Marie Gillot. D'abord, la mère peut nourrir son enfant : c'est plus gratifiant pour elle et ça la responsabilise. Elle n'est plus obligée de résider au centre nutritionnel avec lui, comme c'était le cas lorsque le seul traitement possible était à base de lait en poudre, dont la préparation est plus délicate et nécessite une eau propre. Pendant qu'elle était ici, la mère abandonnait ses autres enfants et son mari, ce qui n'est jamais bon.» Avec ce système, une centaine d'enfants sont pris en charge par le centre d'Otash, où ne travaillent qu'une seule expatriée et une demi-douzaine de Soudanais.

La scène se passe au centre de stabilisation nutritionnelle d'Otash, près de Nyala, la capitale du Sud-Darfour. Faïza a retrouvé un poids à peu près normal pour son âge. Il y a un mois, elle était un enfant mal nourri.

September 29, 2005

Une infirmière puéricultrice et une sage-femme rapportent

NANTERRE (AFP), le 29 septembre 2005 - Apathie des proches pourtant inquiets, services sociaux aveugles malgré des alertes: Franck Biennait, 40 ans, et Michelle Dessigny, 26 ans, ont été accusés mercredi devant les assises des Hauts-de-Seine, d'avoir affamé jusqu'à la mort leur fillette de 7 mois sans que personne ne réagisse.

Le couple encourt 30 ans de réclusion. Le demi-frère de Michelle, Laurent Dessigny, hébergé depuis deux mois par le couple au moment des faits, est poursuivi pour "non-assistance à personne en danger".

"Mon mari et moi, on trouvait ça bizarre. Candy était trop petite pour son âge. On voyait bien qu'il y avait quelque chose. Mais Michelle évitait toujours le sujet et Franck n'était jamais là", a raconté mercredi la belle-mère de Michelle (la deuxième femme de son père), Marie-Thérèse Guillemin.

La présidente du tribunal: "Ca vous a rappelé quelque chose? Vous aviez déjà vu des enfants comme ça?" - Mme Guillemin, dans un souffle: "A la télé, oui... des petits Biafrais".

Une infirmière puéricultrice rapporte une conversation avec la jeune maman, quelques semaines après la naissance en mars 2002. "Pas de difficultés particulières, bonne relation mère-fille", lâche-t-elle dans une déposition parsemée de longs silences gênés.

Même ambiance lors de l'audition d'une sage-femme, qui se souvient d'un bébé "en bonne santé apparente". Pourtant, quelques détails la dérangent: carnet de santé de l'enfant totalement vierge, grossesse non déclarée et non suivie médicalement, "contact difficile" avec la mère... Au final, rien.

La mère commence à affamer la petite en juillet 2002, jusqu'à sa mort le 11 novembre 2002.

Une ébauche de l'agonie de Candy s'est dessinée mercredi. "Quand on venait, elle était toujours couchée dans sa chambre", selon Mme Guillemin. Les trois autres filles du couple, âgées de 2 à 6 ans au moment du décès de Candy, n'avaient pas le droit d'entrer dans cette chambre, isolée à l'étage de leur pavillon de Colombes (Hauts-de-Seine).

Cloîtré et affamé, le bébé paie les problèmes relationnels de ses parents. Selon le commandant de police Franck Privé, Michelle, qui ne souhaitait pas la naissance de Candy, "a reconnu avoir sous-alimenté sa fille pour provoquer l'attention de son compagnon, qui ne s'occupait pas des enfants".

De son côté, Franck Biennait reprochait à Michelle de mal tenir leur pavillon, le poussant à fuir le domicile pour se jeter dans sa passion, la pétanque, dont il est champion de France. Il prétend ne s'être rendu compte de rien.

Au moment de son décès à 7 mois et demi, Candy pesait 2,555 kg - soit moins qu'à sa naissance - recevant 35% de la ration calorique nécessaire depuis plus de quatre mois. Elle est morte seule dans sa chambre. Ses parents étaient à un tournoi de pétanque.

Verdict vendredi.



NANTERRE (AFP), le 29 septembre 2005 - "Je ne sais plus", "j'ai oublié": la mère de Candy, morte de faim à 7 mois et demi faute de nourriture, a répété ces phrases jeudi devant les assises des Hauts-de-Seine, alors que les experts, psychiatre et psychologue, donnaient des avis différents sur la responsabilité pénale des parents.

Michelle Dessigny, 26 ans, et Franck Biennait, 40 ans, encourent 30 ans de réclusion.

Pour Magali Bodon-Bruzel, psychiatre, le couple n'avait "pas d'altération du discernement" au moment des faits, de juillet à novembre 2002 à Colombes (Hauts-de-Seine). Michelle Dessigny en particulier ne présentait "pas de maladie mentale aliénante" mais un "état dépressif de moyenne intensité, sans caractère aliénant", accompagné d'une "anorexie légère".

Pour le psychologue Frantz Prosper au contraire, la jeune femme faisait à l'époque une "anorexie par procuration", qui "a frappé la mère et a touché Candy", la fillette décédée, ce qui aurait altéré son discernement.

Michelle Dessigny a reconnu en garde à vue avoir sous-alimenté sa fille pour attirer l'attention de Franck Biennait, de plus en plus absent du foyer familial. Ce dernier a toujours soutenu n'avoir rien remarqué jusqu'à la mort du bébé.

Concernant Franck Biennait, "égocentrique", éternel "absent" du foyer, "sa position est celle de la cécité: +je n'ai rien vu+", explique l'expert Prosper.

Biennait a reconnu jeudi lors d'une audience marquée par les nombreuses larmes du couple: "Je n'ai pas tenu mon rôle de père. J'aurai pu me poser des questions".

On lui montre une photo du cadavre nu de sa fille. Il regarde, tourne brusquement le dos, baisse la tête. La présidente de la cour: "Comment vous la trouvez?". Franck, la voix chevrotante: "Squelettique".

Plus tôt, la légiste Caroline Rambaud avait décrit "l'aspect terrible" de la fillette: "elle n'avait plus que la peau sur les os, devenus transparents. Elle n'avait plus de masse musculaire à tel point que ses paupières ne pouvaient plus se fermer".

"Ca me fait penser à des photos de camps de concentration", a renchéri la légiste Elisabeth Briand-Huchet.

Michelle Dessigny pleure. Toute la journée. Dès que les questions deviennent dérangeantes, les larmes. Pourquoi a-t-elle diminué les rations du bébé? "Je ne sais plus". Des proches jugent la fillette trop maigre? "Je ne me souviens pas". Elle cloître Candy dans sa chambre, car elle est trop maigre pour que cela ne se voie pas? "J'ai oublié".

L'interrogatoire s'interrompt, car la jeune femme sanglote en geignant: "c'est trop difficile, j'arrive pas à en parler, c'est encore trop douloureux".

Douloureux comme l'agonie de Candy. Les experts légistes ont estimé le degré de souffrance enduré par la fillette, sur une échelle de 1 à 7. "Le niveau 7, c'est un bébé qu'on jette dans l'eau bouillante", précise le légiste Jacques Bataille. Candy, elle, a atteint le niveau 6. Pendant quatre mois.

Verdict vendredi.


NANTERRE (AFP), 30 septembre 2005 - Le ministère public a requis vendredi à Nanterre 18 ans de prison contre Michèle Dessigny, 26 ans, et son ex-compagnon Franck Biennait, 40 ans, accusés d'avoir laissé mourir de faim leur fillette de 7 mois et demi.

Candy pesait 2,555 kg, soit moins qu'à sa naissance, lorsqu'elle est morte, en 2002 à Colombes (Hauts-de-Seine).

La procureure Rose-Marie Hunault a également requis trois années de prison assorties d'un sursis simple à l'encontre du demi-frère de Michèle Dessigny, Laurent, 22 ans, jugé pour "non-assistance à personne en danger". Il était hébergé depuis deux mois par le couple au moment du décès de la fillette.

Au troisième jour du procès, la procureure s'est dite convaincue que "les parents avaient tous deux la responsabilité pleine et entière du décès de leur fille".

"Il ne s'agit pas du procès de la misère comme on en voit dans certaines parties du globe avec des problèmes de dénutrition", a-t-elle expliqué. "Il s'agit de juger deux parents qui avaient la possibilité matérielle d'éduquer et de nourrir leur enfant".

"L'histoire de la vie de souffrance de Candy, n'est pas une histoire de fatalité : de sa mort, il y a trois responsables : un père, une mère et un oncle".

Candy n'avait reçu que 35% de la ration calorique nécessaire à son âge depuis plus de quatre mois, selon l'autopsie.

Pendant tout le procès, les parents se sont rejeté la responsabilité.

La mère a reconnu avoir sous-alimenté sa fille pour provoquer l'attention de son mari, qui ne s'occupait pas de ses enfants alors que le père a prétendu ne s'être rendu compte de rien car il s'était éloigné du pavillon familial qu'il jugeait mal tenu par sa femme.

En début d'audience, la présidente a indiqué qu'un administrateur ad hoc avait été nommé pour désigner un avocat pour les trois soeurs de la victime qui se sont constituées partie civile.

Le verdict est attendu vendredi après-midi.

September 28, 2005

La Défense, bien lotie dans le budget 2006

PARIS (AFP), 28 septembre 2005, extraits - La Défense est bien lotie dans le projet de budget 2006, avec des crédits de 47 milliards d'euros répartis sur quatre missions, et le ministère a décidé de mettre l'accent sur le financement de la recherche.

Le projet de budget 2006 étant désormais présenté sous forme de 34 missions, aucune comparaison précise n'est possible avec 2005. Toutefois, à périmètre constant, les crédits de la Défense augmentent de 3,4%, a-t-on indiqué au ministère.

Au sein de la "mission défense", dotée des trois quarts des crédits, la part consacrée à la recherche passe à 1,47 milliard d'euros contre 1,38 l'an dernier, a-t-on fait valoir au ministère.

...
Au total, les crédits gendarmerie atteignent 6,7 mds EUR et figurent dans "la mission sécurité" qui est partagée entre le ministère de la Défense et celui de l'Intérieur.

La quatrième mission, "Anciens combattants, mémoire et liens avec la Nation", reçoit des crédits de 3,9 mds d'EUR.

September 27, 2005

Problèmes sociaux d'envergure, panique et ordre moral


Définition selon un article de Champ Pénal, nouvelle revue française de criminologie
Extrait du résumé et conclusion :

Durant la première moitié des années 1990, les États-Unis traversèrent ce qui peut être appelé une crise liée aux crimes sexuels. Ceci entraîna le passage de législations spécifiques destinées à adresser ce qui était perçu par le public comme un problème social de grande envergure. Durant la seconde moitié des années 1990, l’Europe (principalement l’Angleterre, la Belgique, les Pays-Bas, la France, et l’Allemagne) se trouva dans la même situation que les États-Unis. Là aussi des législations étaient promulguées, de nature variée, afin de procurer des réponses à la panique du public. Selon une approche sociologique constructionniste, une panique morale prend place lorsque certains types de comportements ou d’individus apparaissent comme posant un extrême danger pour le tissu social. Étant donné que la pédophilie représente symboliquement l’ultime horreur dans la catégorie des crimes sexuels en ce que des enfants en sont les victimes, la présente contribution propose une grille d’analyse constructionniste afin d’estimer l’existence potentielle d’une crise morale liée à ce crime. Cet article pose les bases d’une démarche continue d’analyse du phénomène pédophile selon la grille théorique des paniques morales."

Il est intéressant de voir qu’au delà de notre mémoire immédiate de l’actualité criminelle, la société française s’est vue être précurseur d’une panique morale allant et venant sur les abus sexuels des enfants. C’est le but de cette étude de mettre tous ces faits en parallèle les uns avec les autres, et de les rapporter à la situation présente. Aux grandes affaires des années 1990, ainsi qu’aux affaires plus récentes.
Afin d’analyser de potentielles paniques morales, et comme précisé précédemment, il est important de prendre un certain nombre de facteurs en considération dans une équation complexe. Premièrement, les chiffres réels. Augmentent-ils, diminuent-ils ? Deuxièmement, la source de ces chiffres. Traduisent-ils des changements dans les législations, dans les pratiques sociales, etc. Troisièmement, le rôle des médias. La prévalence des articles couvrant des affaires de pédophilie, la rhétorique utilisée, le nombre d’apparitions dans le texte, etc. Et quatrièmement, la corrélation entre flambée dans les médias, et passages de législations, ainsi que la potentielle influence de lobbys ou encore de situations politiques.
Des questions se posent donc quant à la meilleure méthodologie à appliquer afin d’éviter les biais à la validité : quel parti pris pour une analyse de contenu ? Quelles sources choisir ? Quels mots-clés utiliser ? Et au-delà, bien sûr, ne pas perdre de vue l’horizon menaçant de toute recherche comparative : est-il possible de comparer des pommes et des oranges ?


Définition de la «panique morale» selon Ruwen Ogien :

La panique morale consiste par conséquent en une incohérence : juger moralement le bien personnel alors qu’on a accepté les principes de l’éthique minimale. Ogien distingue quatre types d’incohérence :
  • le refus d’aller jusqu’au bout de nos raisonnements moraux ;

  • la tendance à toujours envisager le pire ;

  • le refus de payer le coût intellectuel de notre engagement envers certains droits ;

  • la tendance à ne pas tenir compte du point de vue des personnes dont on prétend défendre le bien-être.



  • Stygmatiser les minorités et conforter les croyances des conservateurs...

    Radio France Internationale, le 26/09/2005
    Le Vatican s’apprête à publier des recommandations visant à barrer l’accès de la prêtrise aux séminaristes ayant des tendances homosexuelles.
    Extrait :

    Avant même son élection au pontificat, le 19 avril dernier, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi, avait annoncé la couleur. Chargé par Jean-Paul II de rédiger les méditations du chemin de croix du vendredi saint au Colisée, le futur Benoît XVI avait alors tenu des propos très durs sur les mœurs dans l’Église : «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement. Souvent, Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toutes parts !». Tout le monde avait alors immédiatement associé cette condamnation au dossier de la pédophilie et aux scandales à répétition qui depuis plusieurs années secouent, et risquent de ruiner, l’Église américaine. Mais de l’avis des spécialistes régulièrement consultés par le Vatican pour tenter de mettre de l’ordre dans ses séminaires, l’homosexualité est aussi devenue un problème majeur. «Même si on ne peut le comparer au fléau de la pédophilie, par son ampleur le problème de l’homosexualité est encore plus vaste», nous confiait l’an passé un des principaux conseillers du Vatican en la matière.


    Pratiquer la discrimination pour ne pas heurter les conservateurs...

    LE MONDE | 27.09.05
    Une campagne publicitaire montrant deux homosexuels qui s'embrassent est interdite de métro parisien
    Extrait :

    Consulté pour avis, au mois de septembre, sur la campagne publicitaire de Rainbow Attitude, le Bureau de vérification de la publicité (BVP) avait, lui aussi, tiqué. "Compte tenu de la nature du média concerné s'imposant à tous ainsi que des lieux de diffusion prévus", il attirait l'attention sur les "réactions que ne manqueront pas de susciter, de la part de la fraction du public la plus attachée aux valeurs traditionnelles, les visuels présentant deux femmes ou deux hommes s'embrassant" .

    Rainbow Attitude tient à sa campagne et a donc remplacé le baiser par de chastes étreintes et des regards langoureux mais elle ne comprend toujours pas l'attitude de Metrobus. "Alors que l'Espagne, après la Belgique, les Pays-Bas et le Canada, a légalisé le mariage homosexuel, la France ne serait pas capable de regarder en face un baiser homosexuel ? se demande-t-elle. En France, devons-nous comprendre que la lutte contre les discriminations implique que les homosexuels doivent rester cachés ?"

    La campagne première version, celle qui met en scène le baiser, ne devrait cependant pas disparaître : après beaucoup d'hésitations, un avis négatif de son comité d'éthique et un premier refus, Insert, la régie qui gère les affiches figurant sur les vitrines, a finalement donné son feu vert. "Leur accord n'a pas été facile à obtenir alors que les espaces publicitaires affichent sans cesse des couples qui s'embrassent, remarque Jean-Paul Chapon, porte-parole de Rainbow Attitude. Ce qui a choqué, cette fois, c'est qu'il s'agisse d'homosexuels."

    L'association a décidé, lundi 26 septembre, de porter plainte pour discriminations contre Metrobus et de saisir la toute nouvelle Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), présidée par l'ancien PDG de Renault, Louis Schweitzer.


    Abuser des craintes et croyances collectives pour violer la constitution...

    Libération, 28 septembre 2005
    Bracelet: le président du Conseil constitutionnel tance Clément

    Il - le président du Conseil constitutionnel - a expliqué à Pascal Clément que «le respect de la Constitution n'était pas un risque, mais un devoir». Son entourage assure qu'il ne s'agit que de défendre l'institution. Certes, mais «c'est la première fois qu'un garde des Sceaux exprime sa défiance vis-à-vis de la Constitution. Il était de notre responsabilité de réagir».

    Il - Pascal Clément, Garde des Sceaux, ministre de la Justice - s'exprimait lundi soir, au sortir d'une rencontre avec des jeunes femmes victimes d'un violeur récidiviste (Libération d'hier), puis sur les ondes de France Info hier matin : «Il y a un risque d'inconstitutionnalité. Les événements récents (deux violeurs récidivistes mis en cause dans de nouvelles affaires en fin de semaine dernière, ndlr) vont me pousser à prendre ce risque, et tous les parlementaires pourront le courir avec moi. Il suffira pour eux de ne pas saisir le Conseil constitutionnel», avait expliqué le garde des Sceaux. Avertissant : «Ceux qui le saisiront prendront sans doute la responsabilité politique et humaine d'empêcher la nouvelle loi de s'appliquer au stock de détenus.»

    ... Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : «Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée.» Ce principe consacré par l'article 7 de la Convention européenne des droits de l'homme fait, à ce titre, partie de la Constitution. (...) Mais la Commission des lois de l'Assemblée a rétabli sa version initiale pour la deuxième lecture, en développant un argument juridique : dans ce cas de figure, le port du bracelet n'est pas une «peine» mais une «mesure de sûreté».

    L'argument mérite examen, estime Guy Carcassonne, professeur de droit, qui note que le Conseil constitutionnel a déjà accepté les inscriptions rétroactives au fichier des délinquants sexuels. Il n'en trouve que plus «ineptes» les déclarations du ministre. «Indignes, aussi, parce que si c'est vraiment anticonstitutionnel, ce chantage témoigne d'une incroyable légèreté de la part de celui qui est en principe le ministre de la Constitution et de l'Etat de droit.» Pour finir, Guy Carcassonne les juge «inopérantes parce que si se pose un problème constitutionnel, ce dont je doute, il se pose aussi face à la Convention européenne des droits de l'homme, et n'importe quel juge pourrait écarter l'application de cette loi, et la France serait condamnée».


    Il s'agirait d'esbrouffe mais le message est passé. Le message est d'ailleurs encore rappellé en conclusion de cette dépèche :

    PARIS (AP), 28 septembre 2005, extraits - M. Clément a assuré mercredi que le port rétroactif du bracelet n'est pas une peine mais une mesure de sûreté non susceptible de recours devant le Conseil constitutionnel. Un des principes fondamentaux du droit est qu'une loi ne peut être rétroactive lorsqu'elle est plus sévère.

    "C'est une mesure de sûreté pour la protéger la société", avait-il assuré un peu plus tôt sur Europe-1, avant de déplorer un débat "typiquement français: on préfère se disputer sur le droit plutôt que de voir ce qui est possible dans l'intérêt de la sécurité publique et des femmes".


    Baptiser et poursuivre l'engagement dans la durée...

    Le Figaro, 29 septembre 2005, L'Eglise catholique note une nette augmentation des demandes de baptême chez les douze - dix-huit ans.

    «Il y a vingt ans, on aurait affirmé que les parents laissaient aux enfants le libre choix. Aujourd'hui, ils se sont éloignés pour une part de la sphère catholique et ne se préoccupent plus de cette question.» Le père Guingand avance [...] l'idée d'un «effet d'entraînement» dans les établissements privés catholiques, souligne aussi que les grands-parents peuvent encore «jouer un rôle».

    «L'identification religieuse est de plus en plus marquée dans notre société. Les jeunes peuvent avoir envie d'appartenir ou de se référer à un courant spirituel, à une communauté», affirme le frère Joseph Court, chargé du catéchuménat des adultes au niveau national. (...) Une occasion pour l'Église de soutenir l'importance du geste posé par ces adolescents et de toucher leurs familles.»

    «Aujourd'hui, explique la responsable des aumôneries de l'enseignement public du diocèse de Paris, il n'y a plus une seule aumônerie qui ne prépare pas des adolescents au baptême.» Le défi consiste ensuite à insérer ces jeunes dans des communautés paroissiales afin de poursuivre cet engagement dans la durée.

    L'intervention sociale à l'épreuve de la neutralité laïque


    Hanouccah à l'OSE

    Les Jeunes du Foyer de Saint-Germain en Laye ont fait la fête samedi soir, comme chaque année. Partage de cadeaux, " super repas " dans une ambiance de folie. Dimanche 12 décembre, la fête de l'Amicale des anciens a réuni deux cents personnes venues partager un moment de fête et chanter les mélodies de leur maisons d'enfants. Une poignée d'entre eux se sont rendus, le mardi 14 décembre à la maison d'enfants de Draveil pour y offrir une hanoucciah. Ce même soir, les enfants de la maison d'enfants de Taverny ont partagé dîner et cadeaux autour de l'allumage des bougies de Hanouccah.

    Ma fille n'est pas juive.


    Intercultualité, laïcité :
    Comment préserver les valeurs démocratiques ?
    VEI Enjeux, n° 129, juin 2002

    Dans beaucoup de cas évoqués par les professionnels, le sentiment de « ne plus pouvoir faire face » provient de leurs interrogations sur leur place face aux faits qui interrogent leur identité professionnelle et l’identité de l’autre :
  • quelle est ma marge d’action face aux pratiques religieuses des enfants qui impliquent également l’autorité des parents, d’autant plus que je dois ne pas fragiliser ces derniers ?

  • quelles sont mes possibilités pour agir face aux situations qui touchent aux notions culturelles et identitaires (rapport à la religion, à la sexualité, à la parentalité) ?


  • De la conclusion : Les valeurs démocratiques sont fragiles par nature, car elles prennent leur force dans l’adhésion des citoyens qui vont les faire vivre.


    Voir également le compte rendu du colloque CQFD,
    Quel travail social pour le XXIème siècle :: salariat, qualification, démocratie

    A été affirmée en conclusion du colloque la nécessité d’assurer les conditions concrètes d’une controverse plus positive sur la qualification du travail social afin d’affiner et d’affirmer les compétences professionnelles. Trois notions ont aussi été rappelées : l’intérêt général, l’Etat de droit, l’esprit républicain, leur place dans l’action publique méritant d’être reposée.


    Le Monde Initiatives, avril 2005, extraits :

    En 2004,une dispute survient entre deux sans-abris hébergés dans une autre structure d'accueil d'Habitat et Soins. Elle se termine par deux coups de couteau. L'auteur des coups, musulman, reprochait à son coreligionnaire de ne pas respecter le ramadan.
    Si des conflits arrivent tous les jours parmi les publics de l'action sociale, le secteur est aujourd'hui confronté à l'irruption d'actes de prosélytisme religieux, voire d'intolérance.

    Que se passera-t-il [...] si des associations décident de fonctionner selon des préférences religieuses ou communautaires ? « Si on n'est pas vigilant, demain, n'importe quelle association confessionnelle ou idéologique pourra agir sur le créneau social et, tôt ou tard, les financeurs publics seront les otages de groupes de pensée », estime Jean-Marc Borello, qui rappelle, par exemple, qu'en 2004 à Paris, un groupuscule d'extrême droite, le Bloc identitaire - certes non financé par les pouvoirs publics - a organisé pendant plusieurs mois une soupe populaire réservée aux sansabris... français de souche.



    LE MONDE INITIATIVES
    LEMONDE.FR | 04.02.02 | 08h34
    C'est le dernier né des mensuels du Monde. Depuis le mois d'octobre 2001, son ambition est de traiter tous les aspects du social et de suivre l'actualité des "acteurs du changement". Le Monde initiatives témoigne de la multiplication des projets portés par les acteurs de terrain, anonymes ou non, dans l'esprit de l'ancien supplément hebdomadaire du même nom.
    Mensuel, 3,80 euros.

    "Fronde au groupe Le Monde. Aden et le Monde Initiatives refusent d'être sacrifiés et se mobilisent." L'Humanité, 1er février 2005

    "Inquiétudes dans la maison Monde. Le Monde Initiatives semble être à la veille de sa liquidation." L'Humanité, 24 mars 2005

    15 avril 2005, HNS-info - "Le 22 mars dernier, après six heures de négociations, les salariés et la direction se sont accordés sur les termes de l'accompagnement social de la fermeture définitive du journal. Depuis près de trois mois, nous nous battions pour obtenir des conditions de départ dignes de la « politique sociale du groupe » dont se targuait la direction, sans pour autant vouloir l'appliquer au Monde Initiatives."

    September 26, 2005

    A propos de tabous

    Le 18 octobre 2000, le lieutenant-colonel Pierre-Alban Thomas, aujourd’hui à la retraite, témoignait devant la section française d’Amnesty International. Extraits :

    Pourquoi est-ce que j’accepte de m’expliquer publiquement ?

    Les témoignages doivent provenir de tous horizons et pas seulement de milieux officiels. La vérité ne peut supporter aucun tabou. Parler et écrire est une manière de libérer sa conscience, de rendre publique sa " repentance " (terme à la mode). C’est peut-être aussi une incitation pour des indécis à rompre le mur du silence.

    Pourquoi avoir attendu quarante ans ?

    Trop tôt, me semble-t-il, eût entaché la vérité de réactions passionnelles et entraîné des polémiques inutiles. Trop attendre, c’était risquer l’altération de la mémoire, le désintérêt des jeunes générations.

    Ne serait-il pas préférable d’enfouir ce passé insupportable ?

    C’était l’avis de Messmer, alors ministre des Armées, après la bataille d’Alger en 1957. C’est ce que Bigeard exprimait dans son langage imagé : " Il vaut mieux ne pas remuer la merde. " C’est ce que pensent presque tous les généraux et cadres supérieurs survivants. Ils prétendent que toute révélation sur la torture porte atteinte à l’armée. À ces arguments, Lanza del Vasto répondait, dès 1957, à ceux qui lui reprochaient " de souiller le drapeau, de déshonorer notre pays en disant ces choses " : " Ce qui souille et déshonore, c’est de les faire, non de les dire. " J’ajoute que le courage étant la vertu majeure de tout militaire, le courage aujourd’hui doit consister à dire ce que l’on a vu, ce que l’on a fait, même si c’est pénible et peu glorieux. Le cacher est un acte de lâcheté.


    Source: LDH-Toulon


    Les enfants victimes de torture et leurs bourreaux,
    Par Françoise Sironi, extraits :

    De quelle manière l'histoire collective s'articule-t-elle avec l'histoire singulière des enfants et des adolescents? Par histoire collective j’entends les guerres, les persécutions politiques et économiques, les mouvements sociaux, les révolutions culturelles, les bouleversements technologiques, ceux de la science ou ceux des habitudes morales et culturelles.

    Cette part vécue d'histoire collective traumatique fait taire. Elle fait taire les enfants qui l'ont vécue et qui n'en parlent pas, ni à l'école, ni à la maison. Elle fait taire aussi les adultes. (...) C'est là que vient se loger l'intentionnalité du système tortionnaire: venir attaquer, briser, dénaturer, compliquer les liens qui unissent des êtres de même sang. A l'école, la crainte du dévoilement peut conduire ces enfants et adolescents à un conformisme de surface. Plus gênant, la crainte du dévoilement de leur histoire traumatique peut conduire ces enfants à une propension accentuée au mensonge protecteur pour se rendre "lisses" aux yeux d'autrui. Il arrive fréquemment que les enseignants deviennent, à leur insu, les "bêtes noires" de ces enfants quand, en toute bonne foi, ils demandent de raconter des histoires de famille ou des histoires en lien avec le passé et le pays d'origine.

    Ce qui caractérise aussi le comportement de ces jeunes enfants, c'est leur profond besoin de sécurité. Parce qu'ils ont été exposés à des événements traumatiques qui ont changé le cours de leur existence, ils vont jusqu'à douter que cette sécurité puisse exister. (...) En psychothérapie, ils chercheront souvent à s'échapper, à mettre le cadre à l'épreuve, à le transgresser. Ce comportement est imputable au traumatisme lié à la violence de l'impact de l'histoire collective sur des enfants en cours de maturation. Nous sommes dans une situation de traumatismes cumulatifs. Dans des sociétés humaines où la peur collective, la terreur, la torture, les massacres constituent des instruments de pouvoir, le groupe familial et le groupe culturel ne peuvent plus fonctionner comme un contenant pour ces enfants. La représentation de l'adulte est profondément altérée. N'ayant plus de contenant familial ou communautaire efficace, ils sont "ouverts", effractés. Ils vont alors capter, par un mécanisme d'empreinte, les représentations qu'a l'autre, l'ennemi, sur leur groupe d'appartenance (familial, culturel, religieux visé par le persécuteur). L'enfant peut soit mettre en scène ses représentations introjectées par l'intermédiaire de comportements agressifs, violents et susciter le rejet, soit se conformer aux vœux de l'agresseur. Ils vont alors devenir "dociles", cacher leur identité et développer une stratégie de camouflage en affichant un faux-self à toute épreuve. Nous sommes dans un contexte de violence intense qui a pour effet d'abraser toute capacité fantasmatique. Le mode d'élaboration psychique se fait sous le sceau de la sidération et de l'inhibition traumatique. Voilà pourquoi on peut voir apparaître un état de dissociation à peine reprérable quand il s'installe. Ce mode de fonctionnement va devenir permanent si les événements de nature traumatique perdurent (guerre, exil,…). (...) Cette expérience vécue est totalement intériorisée.

    Les blessures dues à l'histoire collective peuvent rejaillir comme des bombes à retardement à plusieurs reprises au cours de leur vie adulte. Elles peuvent rejaillir précisément lorsque le succès leur sourit. Ces enfants, devenus adultes, qui avaient presque réussi à oublier le passé traumatique, sombrent alors cycliquement dans des périodes de profonde dépression et d'angoisse. Pour entrer en contact avec cette partie clivée, refoulée ou déniée et qui est maintenant enkystée, ils abusent de toxiques, d'alcool, d'excès en tout genre. Tout le reste de la personnalité s'est développé harmonieusement, hormis cette part d'eux-mêmes, si secrète, si "sauvage", qui se manifeste à la faveur de stimuli en lien avec ce passé traumatique. Ils sont régulièrement convoqués rappelés à un rendez-vous avec le passé, soit lors de dates anniversaires, soit à des périodes charnières de leur existence, et souvent, comme je le disais plus haut, en période de succès et de réussite professionnelle ou personnelle. La compréhension de l'effraction psychique et de la souffrance psychologique des enfants exposés au traumatisme doit beaucoup aux travaux du psychanalyste hongrois Sandor Ferenczi.

    Comment agir de manière préventive, afin que la violence subie ne transforme pas ces enfants en véritables "bombes humaines" à l'âge adulte ou à la génération suivante? Un enfant qui a connu la guerre peut la porter en lui, comme une bombe à retardement. Les cliniciens croient parfois qu' il doit à nouveau pouvoir "redevenir un enfant". Or cela lui est strictement impossible. Un traumatisme a des fonctions psychologiques précises: celles d'engendrer des transformations psychologiques, d'être à l'origine d'une nouvelle organisation psychique. Il est susceptible d'engendrer une soudaine hyper-maturation psychologique. Le traumatisme fait taire et l'horreur fait fantasmer. Croire qu'ils vont redevenir des enfants "comme les autres", qu'ils vont à nouveau pouvoir "jouer" va contraindre ces enfants et ces adolescents à "faire semblant". La vie leur ayant appris à devenir hyper-vigilants, ces enfants et ces adolescents vont très bien décrypter les intentions des autres, surtout les intentions malveillantes. Ils repèreront les adultes qui veulent leur "faire plaisir" et ils les gâtent en retour d'un comportement attendu de circonstance. Ceci est un bel exemple de faux-self déclenché par des tiers bienveillants et il importe aux cliniciens d'être vigilants sur ce point.

    Un dernier point mérite d'être examiné: quel rôle ces enfants vont-ils jouer dans l'histoire collective? Comment vont-ils se construire et de quelle manière vont-ils contribuer à la construction de l'avenir de leur pays ou du pays d'accueil? Au-delà des différences individuelles, quels types d'adultes vont-ils devenir? Quel que soit leur destin individuel, devenus adultes, les enfants qui ont été fortement marqués par l'histoire collective partagent souvent un goût prononcé pour l'action, un goût prononcé pour tous les domaines où il est possible d'avoir une action concrète sur le monde[1]. Ils se retrouvent souvent dans des situations où ils peuvent avoir prise sur le monde[2], avoir une influence sur le cours des choses, ou de l'histoire. Beaucoup deviennent des hommes politiques, des enseignants, des pédagogues, journalistes, psychologues ou psychiatres. On les retrouve souvent à dénoncer et réparer les blessures engendrées par l'histoire collective[3].


    [1] Voir « Jeunes perdus sans collier »

    [2] Voir « On nous a cramé le cerveau »

    [3] Et de ceci, l'assitance (aujoud'hui l'Aide Sociale à l'Enfance, précédemment la DDASS) en est très fière ; extrait du « papier Labache » : Lorsque la prise en charge du jeune est évaluée par celui-ci de façon positive, il arrive souvent que l’ancien usager contracte une dette symbolique envers l’institution au point qu’il doit prouver sa reconnaissance par des actes de contre-don. Philippe s’investit intensément dans l’humanitaire ; Mariama dit qu’elle a besoin de donner en retour de tout ce qu’elle a reçu et de ce fait s’occupe des personnes âgées, certains reconstruisent une parenté symbolique en intégrant le personnel éducatif (parents d’accueil, éducateurs) comme membres de leur famille et en cultivant une grande affection pour leur eux. »


    Bien qu’il existe de fortes preuves empiriques selon lesquelles tous ces facteurs - facteurs associés à une accentuation des troubles psychologiques chez les enfants - sont associés à de piètres résultats chez les enfants, il se peut que ces effets se produisent en présence de risques multiples. Rutter (1979) a fait remarquer que la présence d’un facteur défavorable isolé dans la vie d’un enfant n’augmente pas le risque de troubles, mais que c’est uniquement en présence de risques simultanés que les problèmes comportementaux s’accentuent chez les enfants. Il a constaté que les enfants exposés à un seul risque ne sont pas plus susceptibles d’éprouver des troubles que les enfants qui ne sont exposés à aucun risque. Selon ses recherches, cinq pour cent des enfants exposés à deux risques manifestent des troubles graves, comparativement à 20 % des enfants exposés à quatre risques ou plus. Sameroff, Seifer, Bartko (1997) ont également constaté que c’est en présence de plusieurs risques que le développement est le plus sérieusement compromis.

    Les risques et la résistance chez les enfants de six et de dix ans
    W-98-23F
    par Jenny Jenkins et Daniel Keating
    Octobre 1998


    Voir également « Les classiques des sciences sociales » : l'acculturation, l'enculturation et ses conséquences.


    L'évolution des relations parents-enfants-professionnels
    dans le cadre de la protection de l'enfance
    Octobre 2001, extraits :

    Tout semble se passer, en réalité, comme si ces deux univers, celui de la famille et celui des professionnels de la protection de l'enfance, étaient deux hémisphères que sépare plus qu'il ne les rapproche l'enfant, acteur autant qu'enjeu de leur rivalité plutôt que de leur coopération.

    Advienne la séparation de l'enfant avec sa famille et le champ de la protection de l'enfance peut même se transformer en cercle vicieux de la maltraitance: la maltraitance familiale subie par l'enfant se doublant parfois, à l'intérieur même du dispositif cette fois, d'une négligence voire d'une maltraitance institutionnelle subie ou agie, en tout cas vécue par les enfants, les parents et les professionnels eux-mêmes, tous victimes d'une violence autant réelle que symbolique.

    Tous les parents rencontrés ont décrit cette intervention comme violente, impression renforcée par le sentiment d'être seuls, et sans droits, ou "victimes de préjugés", face à une machine juridico-administrative [...] Le terme violence est régulièrement employé par les familles. Dans ce contexte quelle place réserve-ton aux parents d'enfants placés ? Comment peut se traduire en acte la volonté des professionnels de prendre en compte les compétences parentales et de favoriser la "bientraitance" ?"

    La violence institutionnelle vécue par les familles est un donné important, car l'intervention des professionnels, aussi respectueuses qu'elle puisse être, nomme des difficultés et des douleurs. Le "droit au temps" s'accommode mal d'un accompagnement trop standardisé. Il est, par exemple, patent que les horaires d'ouverture des administrations ne sont pas une aide, mais au contraire souvent une contrainte supplémentaire - voire, dans le cadre des évaluations notamment, une source d'a priori - pour des familles déjà en difficulté.

    Concernant les Actions Educatives en Milieu Ouvert, les données disponibles, portant sur différents échantillons limités de mesures en cours entre 1988 et 2001, font apparaître le nombre important de parents vivant seuls (autour d'un tiers: 30.2% de pères et 36.6% de mères) et de parents séparés ou divorcés (seulement un tiers environ d'entre les parents concernés vivent en couple).

    Elles dévoilent aussi l'absence très fréquente des pères dans le cadre de l'exercice de la mesure, certaines situations montrant qu'ils ne sont vus que dans les moments de crise. L'AEMO semblent concerner alors essentiellement la mère.

    September 25, 2005

    La mode de l'«abattage»

    Un élève de terminale du lycée Pierre-Mendès-France de Vic-en- Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, a été passé à tabac lundi soir, par six de ses «camarades» de classe. P., 17 ans, a été victime de l'«abattage», cet étrange «amusement» qui vient des Etats-Unis et consiste à rouer de coups, sans raison, une personne choisie au hasard par un groupe de copains.

    Le jeune homme a été agressé vers 20 h 45, dans la chambre qu'il partage avec deux autres internes.

    «Cette affaire est très grave, s'insurge Gérard Wasmer. D'autant plus grave qu'ils l'ont attaqué à plusieurs et dans le noir. Au-delà de sa douleur physique, P. est très perturbé par ce qu'il a vécu. Ces pratiques stupides et très dangereuses sont inacceptables.» Quelques minutes après l'«abattage», le proviseur s'est attelé à identifier les auteurs de ces violences gratuites. «Nous les avons rapidement trouvés. Je leur ai passé un savon monumental et je leur ai demandé d'assumer leurs actes en exigeant que chacun d'eux m'écrive une lettre dans laquelle il explique précisément ce qu'il a fait.»

    Les élèves se sont exécutés. Dans leur courrier, tous ont reconnu leur participation, juré regretter et assuré ne pas avoir voulu faire de mal à leur camarade. P. aurait été choisi par hasard, il est établi que le groupe avait décidé dans l'après-midi qu'il subirait l'«abattage» le soir même.

    Les parents de P. ont porté plainte et les six élèves ont été exclus une semaine. «Nous ne pouvons pas passer sur ce genre de choses. La loi du silence doit être brisée. Cette violence collective doit être totalement proscrite», poursuit Gérard Wasmer.


    Le Figaro, 24 septembre 2005